Et si on se mettait sur pause??
Le 20 novembre 2009 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
Je ne sais si vous lisez Courrier International, mais on peut y trouver depuis le 2 novembre dernier la traduction d’un très bon article de Douglas Quenqua (The New York Times) et intitulé “J’ai ma ferme sur Facebook”. Le journaliste y explique en détail l’engouement pour un jeu devenu en quelques mois l’une des applications les plus populaires sur le célèbre réseau social…
Un jeu très sain?
Si vous ne connaissez pas cette application, je vous conseille de lire ce papier avant de revenir ici tant je m’interroge sur l’affirmation contenue dans l’un des témoignages recueilli dans l’article: “Cette idée qu’on en a marre du mode de vie urbain moderne et qu’on aimerait simplement planter des légumes et les regarder pousser a quelque chose de très sain”.
Aperçu du jeu Farm Ville
Mmm, très sain? Jouer pour assouvir une idée saine? Lorsque l’on sait que ma société auteure du jeu (Zynga) est spécialisée “des jeux faciles à maîtriser et dont il est difficile de se détacher“, j’ai du mal à y croire. Et ce même si Terra Eco nous apprend que la récente campagne “Sweet Seeds for Haiti” lancée par Zynga a permis de récolter… un million de dollars via la vente de graines spéciales, la moitié ayant été versée à deux associations caritatives haïtiennes (Fatem et Funkoze), Zynga empochant le reste…
La psychologie, grande oubliée du débat sur le changement climatique
Cet article me fait aussi rebondir sur un article paru dans The Guardian il y a 10 jours et intitulé “Psychology is the missing link in the climate change debate”. Le journaliste explique pourquoi l’aspect psychologique est le grand oublié du débat sur le changement climatique… et pourquoi, malgré l’existence d’un consensus toujours croissant sur les besoins de changer les comportements, nous n’avançons toujours pas sur la façon dont nous allons le faire… (et que nous préférons jouer à Farm Ville par exemple… même si j’ai des amis très actifs sur le terrain de l’écologie… qui jouent à Farm Ville -> je taquine!;-)

Heureusement, les sciences-sociales commencent aussi à s’emparer du sujet, et l’Association Américaine de Psychologie vient de sortir une contribution sur la façon de traiter le changement climatique (extensive review of psychology’s contribution to tackling climate change).
Fin octobre, il en fut de même pour la British Psychological Society qui a tenu son meeting inaugural sur ce sujet (inaugural meeting on the psychology of climate change). Du langage utilisé pour décrire le changement climatique à la façon dont les habitudes se font et se défont, tout mène à croire que la psychologie est une clef indispensable. Néanmoins, il demeure que l’humain ne s’inquiète pas de ce qu’il ne voit pas (ou de ce qu’il ne peut même pas imaginer).

Crecimientos Artificiales – Oeuvre d’Ivan Puig
En réalité, les travaux actuels montrent clairement que sans compréhension de ce qui motive les comportements environnementaux, le rêve d’une société sans carbone restera impossible à atteindre…
Une conclusion qui raisonne à merveille avec cette petite citation d’Otto Scharmer trouvée chez Brendan et qui me semble résumer la difficulté dans laquelle nous nous situons aujourd’hui:
“Il y a souvent un vide sociétal qui empêche des changements positifs et profonds d’avoir lieu. Ce n’est pas un manque de vision, de bonne volonté, de ressources ou d’idées. C’est un manque de vision et de ressenti partagé de la situation actuelle et des possibilités d’un futur émergeant. Il y a plusieurs façons individuelles et institutionnelles d’interpréter une situation et les idées sur ce qui devrait être fait. Mais ce qui manque, c’est une perception et une compréhension partagées qui permettrait au système dans son ensemble de passer très rapidement de l’idée à l’action“
Otto Scharmer, Leadership development is not about filling a gap but about igniting a field of inspired connection and action

Crecimientos Artificiales – Oeuvre d’Ivan Puig
Besoin d’humilité?
Pour certains encore, tel Tristan Lecomte, “C’est le retour à des valeurs comme l’humilité, le renoncement ou la reconnaissance de la puissance de la nature et de la nécessaire solidarité entre tous les hommes qui nous sauvera (…) Le changement de société auquel nous sommes appelés pour changer le monde consiste donc avant tout en un travail sur soi. Une prise de conscience que l’Homme ne peut pas tout, et qu’une des conditions de son propre bonheur et épanouissement, passe par la reconnaissance de ses propres limites. Ce renoncement n’a rien de frustrant, il est libérateur, il est le point de départ d’une vie plus harmonieuse avec la nature et plus heureuse avec tous les hommes.“
Besoin d’une Grande Pause!!
De quoi poser des petites graines là-aussi… et de faire fructifier une autre idée peut être… celle du philosophe Patrick Viveret en l’occurrence, pour qui “le défi du réchauffement climatique révèle la nécessité de nouvelles formes de mobilisation citoyenne, qui pourraient passer par des ‘temps sabbatiques’ ou une “grande pause’ (…) De tous les dérèglements, le dérèglement dans le rapport au temps et à la vitesse est un dérèglement matriciel qui explique toutes les autres démesures”, explique le philosophe: “une des façons aussi d’agir sur le climat c’est l’organisation d’une ‘Grande pause’, où on prendrait le temps de s’arrêter“.

La pause a pour fonction salutaire d’être “évaluative” et “créative”: “S’arrêter, se poser la question: dans quelles mesure les organisations auxquelles nous appartenons – entreprises, administrations, institutions de toutes natures – sont en contradiction flagrante avec les exigences même les plus consensuelles du développement durable ?“
Pour le philosophe, pendant la phase cruciale des négociations de Copenhague, cette pause pourrait prendre la forme de “sit-in un peu partout”,… ou des actions inspirées de la logique “conclaves”, où les cardinaux sont rassemblés pour élire un nouveau pape: s’assurer que les négociateurs ne se quitteront pas tant qu’ils ne seront pas tombés d’accord…
M’est d’avis que sur Paris ou Copenhague en décembre, nous devrions entendre parler de la Grande Pause…
++ Liens ++
- “J’ai ma ferme sur Facebook”, Douglas Quenqua (The New York Times) traduit par Courrier International
- Comment Facebook veut changer le monde, Terra Eco, Anne Senges, 9 novembre 2009
- Le groupe Facebook “I Hate FarmVille”
- Otto Scharmer, Leadership development is not about filling a gap but about igniting a field of inspired connection and action
- L’humilité sauvera le Monde, Tristan Lecomte, L’Express, 27 octobre 2009
- Imaginer des “temps sabbatiques”, une “grande pause” pour le climat, Romandie News, 22 Octobre 2009
- Site de l’artiste Ivan Puig







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Merci Anne-Sophie pour ce sujet aussi intéressant qu’ inattendu ! Et super initiative cette rencontre citoyenne organisée par Ecolo-Info et Youphil au sujet au sommet de Copenhague ! je serai parmi vous!
[...] soir, il y en a une que je souhaite retenir: il s’agit de la Grande Pause de Patrick Viveret, dont je vous ai déjà parlé ici et que le philosophe explique très bien dans la vidéo [...]