Entre luxe et immondices: enquête sur la gestion des déchets à Bali
Manon Delachenal est partie en novembre dernier dans le cadre de l’association Odysseo2 à la recherche de “projets CO2″ – des projets permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre (projets Kyoto) tout en améliorant les conditions de vie des populations environnantes. Ces projets peuvent être de différentes natures: énergie renouvelable, efficacité énergétique, reforestation, déchets, etc… Après son passage au Brésil auprès de l’ONG Ecologica, elle nous raconte ce qu’elle vu et compris à Bali sur la question de la déchets… Ce n’est pas gagné!
Bali est une destination touristique de plus en plus prisée qui draine un nombre important de visiteurs chaque année. De nombreuses infrastructures existent pour les accueillir, de la pension la plus basique aux hôtels les plus luxueux. Le Ministère de la Culture et du Tourisme Indonésien cherche à augmenter perpétuellement ce flux: l’objectif pour l’année 2010 atteint 7 millions de visiteurs alors que 2008 a accueilli environ 2 millions de visiteurs!

L’affluence touristique a un inconvénient majeur: l’accumulation de tonnes de déchets produits chaque année. Pourtant, aucune gestion raisonnée n’a, à ce jour, été mise en place par le gouvernement, qui laisse les immondices s’amonceler sans agir.
Cela représente un véritable problème dans des régions touristiques déjà densément peuplées.
Décharges sauvages: une triste réalité à Bali
Une solution proposée par quelques entreprises locales privées concerne la collecte directe de déchets auprès des grands hôtels, et en échange d’une centaine de dollars par mois, le tri, le retraitement, et le stockage des déchets dans un lieu privé. Une partie de cet espace est également dédiée au compost, fabriqué à partir des déchets verts des grands hôtels, qui les réutilisent après traitement pour l’entretien de leurs espaces verts.

Centre de collecte des déchets

Compost pour un hôtel
Malheureusement, nombre de grands hôtels, voire même des chaînes à renommée internationale, refusent de payer ce tribut, et préfèrent fermer les yeux sur le devenir de leurs déchets, à savoir leur déversement dans des décharges sauvages. Selon Jimbaran Lestari, une entreprise balinaise spécialisée dans le domaine, 70% des déchets produits par le tourisme atterrirait dans des décharges sauvages.


Aperçu de décharges sauvages…
C’est une triste réalité à Bali, pourtant beaucoup plus répandue qu’on ne le pense, car peu visible depuis les sentiers touristiques. Ces décharges sont souvent situées juste à côté d’habitations voire d’écoles. Elles débordent sur les mangroves environnantes, dégradant ainsi la biodiversité de l’île. Certains grands hôtels accueillent aussi des décharges sauvages juste derrière leurs murs et préfèrent laisser la situation se détériorer plutôt que de mettre en place un système durable.

Une décharge derrière un hôtel de luxe…
Le méthane, un problème? Une solution!
Outre les désagréments visuels et olfactifs, ces déchets en décomposition émettent une quantité importante de méthane, second gaz à effet de serre anthropique (d’origine humaine) contribuant au réchauffement climatique.
Une autre source émettrice de méthane à Bali provient de la fermentation des déjections non traitées des élevages porcins. En plus de générer des odeurs nauséabondes, ces effluents d’élevage véhiculent des agents pathogènes, et présentent un risque élevé de pollution des sols du milieu naturel environnant.
Face à ce problème, une solution se répand de plus en plus: la biométhanisation.
La biométhanisation est un procédé naturel permettant de transformer la matière première organique (les déjections) en biogaz (principalement constitué de méthane) qui peut ensuite être valorisé par la production d’énergie.
La mise en œuvre du processus de bio méthanisation, quel que soit le procédé technologique employé, nécessite l’utilisation d’une cuve hermétiquement fermée, étanche à l’air: le biodigesteur. Les déjections animales versées dans ce réservoir sont transformées par fermentation bactérienne en milieu anaérobie (en absence d’oxygène), qui conduit à une production de biogaz.
De plus, le digestat obtenu par la méthanisation se valorise en compost, utilisé comme engrais naturel.

Sur les décharges sauvages…
Une logique implacable
Une idée de projet global a donc émergé face à ces deux problématiques: combiner la collecte de déchets (notamment déchets organiques – restes de nourriture, déchets verts – de l’industrie touristique) à la mise en place de biodigesteurs dans les élevages porcins.
L’ensemble des déchets organiques sera redistribué aux éleveurs de porcs pour nourrir leurs animaux. En parallèle, des biodigesteurs seront installés chez ces derniers, afin de produire du biogaz et du fertilisant pour les sols. Un espace de stockage du biogaz sera également prévu, soit pour produire de l’électricité, alimenter l’éclairage, ou des cuisinières.
Cette solution permettra de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre. Elle sera aussi rentable grâce à la finance carbone. En effet, la réduction des émissions de GES par rapport à la situation initiale, permettra de générer des crédits carbone, qui contribueront à financer l’investissement nécessaire pour l’achat des biodigesteurs.
Cette technologie simple présente deux avantages majeurs: elle apporte une solution durable au problème de stockage des déchets, et disséminée à large échelle, elle permet de réduire de manière importante les émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

Panneaux à proximité d’une décharge
Du rôle des touristes
Reste maintenant à convaincre l’industrie du tourisme d’agir, et à sensibiliser les touristes aux problèmes environnementaux que leur voyage implique. Non seulement les hôtels dans lesquels ils sont susceptibles de loger endommagent l’environnement, mais bientôt, ils seront peut-être victimes de cette politique: si l’eau dans laquelle ils nagent est polluée, si les poissons qu’ils mangent sont contaminés… Ironiquement, un touriste, par définition simple visiteur temporaire, a plus de pouvoir et d’influence sur la politique des déchets que n’importe quel habitant!

A proximité d’une décharge
Un affichage clair et net de la « politique déchets » des grands hôtels, via un label par exemple, pourrait être une solution pour que le consommateur avisé puisse profiter des plages de rêve l’esprit en paix…







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je partage évidemment cet article édifiant… Merci!
Cet article est terrible. Mais autant il donne envie de pleurer, autant il donne espoir grâce aux solutions proposées, encore faudrait-il qu’elles soient mises en place rapidement et à grande échelle. En effet les touristes devraient être plus responsables et sensibilisés.
Imaginons qu’on leur dise, maintenant vous êtes priés d’emporter avec vous tous les déchets que vous avez généré pendant vos 2 semaines de vacances! Assurément ils auraient un exédant de bagages indésirables! Evidemment ce n’est pas la solution, mais s’ils pouvaient imaginer tous ces kilos de déchets devant leurs yeux au lieu qu’ils soient cachés, les touristes prendraent peut-être plus conscience du poids de leur luxe!!
Les agences de voyages devraent davantages sensibiliser leurs clients, sinon leur activité risque fort de n’être point DURABLE.
Une terrienne en colère.
Merci pour l’article! Hallucinant! Ca pose plus globalement la gestion des déchets sur les iles en général. Il y a le meme problème sur les iles du Pacifique.
Car tous ces endroits un peu touristiques ne sont pas forcément connecter à de grandes villes qui disposent d’infrastructures de gestion de déchets plus performantes.
De plus, beaucoup de produits sont importés sur ces iles, des produits bien sur qui n’ont pas la possibilité d’etre traité sur place: cannettes, plastiques, etc…
Pour travailler dans le tourisme depuis 20 ans, je peux vous dire qu’ c’est à peu près partout pareil dans les pays du sud et que l’exemple balinais n’est pas le pire. Socialement, c’est tout aussi désastreux, les inégalités sont abyssales entre les « clients rois » et les locaux entassés. Pour une autre idée du voyage, vous pouvez aller litre un article sur le site de Reliances : http://www.asso-reliances.com rubrique « tourisme ou voyage »
Les balinais sont d’une gentillesse extrème et leur ile est merveilleuse.
Tout est fait par et pour les riches étrangers,
ce qui fait qu’ils sont en train de perdre leur ame et leur terre…
La majorité des balinais vivent dans la misère et ce n’est qu’un début.
Le reportage de ce soir « Bali, un paradis en danger » France5, ne me laisse aucun espoir pour eux,
mais une très grande tristesse pour moi.
Bonjour,
je vais me rendre à Bali en Juillet 2010 et là je voyagerai à vélo, plutôt à l’intérieur de l’île afin d’éviter les zones trop touristique.
Cela dit à force d’être confrontée à ce type de problème engendré par le tourisme et subi par des populations souvent bien trop accueillantes, je me demande si on ne devrait pas rester chez nous.
Comment éviter au maximum de participer à tout cela?
J’espère qu’un jour et pas trop tard, les balinais prendrons des mesures pour que les touristes cessent de s’approprier ces lieux qui ne leur appartiennent pas.
bonjour,
je voudrais savoir si l’un de vous connais une association (française de préférence) qui agirait pour la protection de l’environnement balinais . j’y ai habité 9 mois et le fameux reportage de France 5 ma donné un électrochoc , j’aimerais vraiment pouvoir les aider… si vous connaissais des gens qui agissent pour sauver le paradis sur terre merci de me repondre
Je pars à Bali pendant un mois pour, justement, enquêter et réaliser un reportage photo concernant les problèmes divers de pollutions et leurs impacts sur l’environnement naturel et humain.
Si quelqu’un dispose d’informations interessantes ou de sites qu’il a repérés en lien avec le sujet, je serais ravi d’entamer une correspondance.
Merci de votre aide.
[...] et/ou gérer nos déchets. Manon Delachenal, de l’association Odysséo2, nous montrait ainsi la face obscure de la carte postale balinoise, une île paradisiaque qui paie le prix fort de son engouement [...]