Ecolo-Info
 Une journée à la ferme avec mon AMAP
De Albert • 04 octobre 2009 •
Catégorie: Agir/Grandir

Il y a quelques mois, Camille nous parlait des difficultés rencontrées par les agriculteurs bio. Au même moment, une AMAP se créait dans notre commune : ni une, ni deux, nous avons signé!

Avant de m’intéresser au concept de l’AMAP, je pensais que cela se résumait à récupérer un panier de légumes frais chaque semaine, et que ce panier, payé à l’avance, permettait aux producteurs de ne pas avoir trop de soucis de trésorerie.

D’un point de vue “client”, vous pouvez donc vous retrouver chaque semaine avec un panier rempli de légumes, de viande, fromages, miel, pain et autres victuailles locales, bio, pour un prix correspondant réellement au marché: c’est-à-dire à ce dont le producteur a besoin pour vivre et financer son activité pour la saison en cours.

D’un point de vue “fournisseur”, vous savez à l’avance combien de clients attendent votre récolte, votre trésorerie est saine, et vous avez à cœur de fournir de bons produits afin de voir les contrats renouvelés.

En très, très gros, oui, c’est ça une AMAP, mais à y regarder de plus près, c’est bien plus.

Déjà, AMAP, cela signifie : Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.

Il s’agit donc avant tout d’une association, non pas de consommateurs, mais de personnes qui ont en commun le souhait de voir se maintenir l’existence d’une agriculture en rythme avec les saisons et respectueuse de l’environnement.

Au-delà du soutien financier, il existe par conséquent une forme de soutien moral, un engagement réciproque qui donne un goût différent à ces produits de la terre.

L’idée d’une AMAP est qu’au delà de ce lien financier se crée un lien humain entre celui qui produit et celui qui consomme.

Dimanche dernier, nous avons donc tissé des liens à l’occasion une journée chez l’un des producteurs de l’AMAP: François Couëffé.

Du bureau aux champs

Il y a 6 ans, François travaillait à la Chambre d’Agriculture de Loire Atlantique:  il accompagnait des jeunes qui voulaient s’installer sur des fermes avec des projets “atypiques” ou de petite dimension… à force, il a pris le virus.

Lorsque derrière son ordinateur, François se rêvait paysan, il ne pensait pas éleveur, mais agriculteur-crêpier!

Il rêvait de galettes de blé noir, de la culture à la galetière. Seulement, la ferme qu’il a trouvée ne permet pas d’avoir suffisamment de terres cultivables pour le blé noir, alors que les vaches y trouvent presque suffisamment d’herbe pour se nourrir.

C’est décidé : François sera éleveur.

Aujourd’hui, François s’occupe de 40 vaches allaitantes en bio, une dizaine de ces vaches partiront à l’abattoir dans l’année, une trentaine donneront naissance à des veaux au printemps et une dizaine à l’automne.

Pour nourrir ses animaux, François dispose d’environ 55 ha de prairies, dont la majeure partie sont inondables ou à flanc de côteau, et d’un peu plus de 2 ha sur lesquels il produit un mélange céréalier.

Malgré cela, difficile d’être totalement autonome, et la ferme doit acheter à l’extérieur pour environ 3500 euros/an de céréales afin de compléter la nourriture des bêtes.

Il était très intéressant de comprendre, en le constatant sur place, la masse de travail nécessaire pour obtenir des animaux en bonne santé et suffisamment nourris pour servir à l’alimentation humaine.

Mais François n’a pas pour autant perdu son rêve de “paysan-crêpier”. Il cultive donc 1,7 hectare de blé noir, fait sa farine et tourne jusqu’à 100 galettes à l’heure dans son petit laboratoire.

Ce complément de revenu, relativement stable tout au long de l’année, permet de pallier les aléas financiers de l’élevage (une vache peut tomber malade, un veau mourir précocement).

Ce qui nous a réellement impressionnés, c’est de comprendre que – mis à part quelques stagiaires occasionnels – François s’occupait seul de l’exploitation, et en dégageait aujourd’hui un revenu mensuel inférieur à 1000 euros.

Cette différence entre le revenu et le travail fourni est principalement dû à l’importance des charges et des investissements nécessaires à l’élevage.

Ceci étant, François ne manque pas d’idées pour continuer à gagner en indépendance et valoriser au mieux ce que la nature lui offre à travers ses 61 hectares de terrain :

  • valorisation du bois de coupe généré par les 13 km de haies qui parcourent le domaine,
  • récolte de châtaignes et noix pour la vente directe.

Pour François, la vente directe et le lien social créé par celle-ci sont indispensable à l’équilibre financier, mais également psychologique de la ferme.

A la différence d’un éleveur du circuit traditionnel qui a pour interlocuteurs principaux la banque et la centrale d’achat, François se retrouve face à des hommes et des femmes ouverts à l’échange et heureux de comprendre d’où vient ce qu’ils mangent.

A propos d’hommes et de femmes, nous avons également pris beaucoup de plaisir durant cette journée à faire plus ample connaissance avec d’autres membres de l’AMAP.

Nous avons été surpris de la diversité que nous représentions les uns et les autres : diversité de générations, de métiers, de loisirs.

Ce qui nous réunit: avant tout l’envie de manger sain.

Et puis, en parlant avec les uns et les autres, nous comprenons qu’au-delà de ce “manger sain”, une réflexion s’engage sur le sens de nos achats, le sens de nos vies.

Une très belle et riche journée, ponctuée de rires, notamment ceux des enfants qui, pour certains, n’avaient encore jamais eu l’occasion de mettre les pieds dans une ferme.

Pendant ce temps, sur le côteau d’en face, une fête battait son plein: un “show mécanique” regroupait quads, karts et moissonneuses pour une journée à tourner autour d’une piste de terre spécialement mise en place pour l’occasion.

Deux mondes à 100 m de distance. De quoi nourrir encore bien des discussions sur le sens de la vie !

++ Photos ++

Merci à Jean-Luc et Fabrice.

++ Liens++

++ Livres ++

AMAP, Replaçons l’alimentation au coeur de nos sociétés, de Maud David-Leroy et Stéphane Girou, éd. Dangles.

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7 Réponses »

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  5. Merci Albert, super témoignage qui donne envie de s’investir ! Ce système est riche en valeurs humaines et bien loin du système de consommation de notre époque. Et je pense qu’il va se développer de plus en plus car les Français veulent un retour au “vrai”. Tiens nous au courant de la suite !

  6. Super Albert, tu as réussi par ce petit témoignage à bien retranscrire cette superbe journée que nous avons passé chez François. Merci

  7. [...] : Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, nous en parlions ici et là. Partager [...]

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