Ce qui fera la différence – ACT’Sense #62
Le 28 septembre 2009 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
Il y a quelques mois, un ami m’interroge sur les raisons de mon engagement, me demande pourquoi, alors que j’aurais pu choisir une carrière dans la finance internationale, j’ai choisi une autre voie, moins rémunératrice… Je lui réponds alors que je suis depuis toujours fort sensible aux inégalités et à la façon dont nos sociétés peuvent accroître les différences par la force de leur indifférence et/ou de leur manque de tolérance envers certains. Or, depuis quelques temps, les médias insistent de plus en plus sur l’approche « humaine » du développement durable, et non plus seulement environnementaliste, comme cela a longtemps été le cas (« les écologistes c’est raz les pâquerettes« , disaient les réflexions…). Cette évolution permet de réfléchir plus sérieusement aux solutions concrètes maintenant, et à ce qui peut faire la VRAIE différence.
Flashbacks
Juillet 2006. Souvenir d’une discussion avec une amie, chercheuse comme moi, qui m’affirme que « les écolos alter à la Bové » n’ont rien compris, qu’ils ne pensent qu’à sauver la planète plutôt que de « sauver les hommes qui crèvent dans les bidonvilles« . Silence. Je suis sidérée – même si, dans le fond, sa réflexion est bien souvent celle du sens commun: les écologistes ne font que défendre les petites fleurs…
Nous débattons et je lui conseille de revoir son analyse, de s’informer plus en détail, de lire plus d’ouvrages sur le sujet, afin de comprendre que les écologistes savent bien souvent une chose: la Terre s’en sortira, quel qu’en soit son état. C’est l’homme qui court le plus grand risque, et les combats des écologistes sont – bien au contraire – des combats pour notre propre survie.


Melting Men, par l’artiste bésilienne Nele Azevedo, pour le WWF Allemagne – Crédit Photo Reuters – article de Daily Mail pour en savoir plus

Septembre 2009. Notre « ami » Bové a été élu en juin dernier aux élections européennes. Les résultats d’Europe Ecologie sont historiques pour un parti écologiste en France. Certains pensent que cela est lié au film Home, qui vient d’être diffusé mondialement. Mais les résultats d’hier soir pour les législatives à Rambouillet le montrent encore: il s’agit là d’un mouvement de fond, d’une envie commune, d’un besoin de nouveaux idéaux adaptés à notre XXIème siècle.
Lundi 14 septembre dernier, le rapport Stiglitz met en avant le besoin d’agir pour réduire les inégalités (depuis le temps que les spécialistes du développement le disent!!), de trouver de nouveaux indicateurs de richesse, de prendre en compte ce qui est oublié des chiffres – et par conséquent des politiques.
Une préoccupation qui est au coeur du film de Nicolas Hulot, le Syndrome du Titanic, que j’ai eu la chance de visionner en avant-première il y a quelques semaines déjà (sortie prévue le 7 octobre). Un film qui nous demande de nous regarder nous, humains, avec nos forces et nos faiblesses. Un film qui interroge et dérangera surement ceux qui ne sont pas habitués à se poser tant de questions – si tant est qu’ils aillent voir le film, j’en conviens.
Le Syndrome du Titanic – Bande annonce FR
Enfin, la semaine dernière j’étais à Copenhague. Cela fait 3 ans que je blogue par passion et par envie de partager l’information verte – qui à mon sens n’était pas assez mise en avant dans les médias – ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et j’étais à Copenhague dans le cadre d’une compétition de blogueurs/journalistes organisée par le Centre Européen de journalisme, avec le soutien de la Commission Européenne, au sujet des négociations sur le climat de Copenhague (Ecolo-Info est le seul blog écolo français à avoir été retenu pour cette compétition, la classe;-)

© louma février 2007
De quoi prendre le temps d’aller visiter la mythique « ville libre » de Christinia, d’y humer un léger air d’Amsterdam et saisir la mentalité danoise: il s’agit là d’une illustration concrète de tolérance et du droit à la différence. Une utopie qui a fonctionné, avec ses réussites et ses déboires, certes, mais qui a eu le mérite d’être expérimentée et respectée pour ce qu’elle était.
De quoi nourrir une fois encore ma réflexion au sujet du respect, de la tolérance, de l’entraide, et le besoin de solidarité, de partage et de communautés prêtes à s’entraider et partager pour avancer ensemble. Lorsque l’on voit le monde individualiste dans lequel nous vivons, je me demande parfois quel sens nous donnons à la vie locale, faites de liens sociaux hors « réseaux sociaux »… je m’interroge aussi sur notre humanité, notre capacité à être.
Insights
12 Décembre 2009. Il y a 3 mois, dans le petit éco-village de Dyssekilde, au Danemark, j’ai eu la chance de rencontrer des gens formidables: dans les années 1980, ils ont décidé d’avancer ensemble, en communauté, localement, pour mettre en oeuvre des mesures d’économie d’énergie, de retraitement de l’eau, le tri très élaboré des déchets, et pour vivre dans un éco-village auto-géré et concerné par le bien commun.

Un aperçu de l’organisation du village, en groupes de travail

Un aperçu des objectifs pour les années à venir… alors que le village produit déjà sa propre énergie, retraite son eau, mange bio, pratique le troc et répare lui même ses appareils usagés…


Aperçu de la politique de retraitement local de l’eau… par un système de saules étendus sur 50 hectares pour 70 foyers (solution peut être difficile à mettre en oeuvre sur des villes plus grandes?)

Les saules

A Dyssekilde, lorsque vous allez aux toilettes, vos urines sont séparées de l’eau
Certes, cela n’a pas été facile: entre les critiques de non convaincus dans le village, et les villages voisins critiquant les éoliennes, entre l’organisation à mettre en oeuvre et les différents processus d’essais et d’erreurs… eux-mêmes se sont rendus compte que toutes les solutions n’étaient pas applicables comme ils les imaginaient, mais elles étaient réalisables et adaptables!
D’ailleurs, quelle énergie se dégage de leur initiative et de leur bien-être!! A les entendre, on se dit qu’il s’agit là d’un paradis sur terre pour écolos… pour une fois. Enfin, pour une 40ème fois: il existe au Danemark plusieurs éco-villages, et cette initiative est le symbole même de ce que nous pouvons faire lorsque nous y mettons du notre. Même les anti-éoliens s’y sont mis maintenant!!

Or aujourd’hui, après plusieurs mobilisations mondiales pour le climat, dont une dernière avait lieu cet après midi à Copenhague (le 12 décembre, une gigantesque mobilisation d’ONG est prévue à Copenhague, NDRL), les pronostics, à 6 jours de la fin, restent pessimistes sur l’issue des négociations. Le climat est tendu.
De quoi pousser la réflexion, encore et encore: certains y sont arrivés, l’ont voulu, l’ont fait, se sont battus non plus sur une base purement idéologique ou pseudo convaincue… ils ont agi sur le terrain, ont passé du temps à changer les choses, à se confronter au principe de réalité.
Je repense à Carin, avec qui j’ai eu la chance d’échanger sur la vie en communauté lors de mon passage à Dyssekilde. Son témoignage, au sujet de la vie en communauté, était passionnant et tellement parlant. Ils en font tellement dans le village qu’ils n’ont pas encore trouvé le temps de partager tout cela sur internet.
Carin, eco-village of Dissekilde from Ecolo-Info on Vimeo. (c’est en anglais, et la vidéo n’est pas très stable au début, mais bon, ça va quand même hein:-)
Je repense aussi aux événements récents dans le monde. Aux tensions en Iran, à la Jungle et aux immigrés, aux suicides répétitifs dans les grandes entreprises, aux difficultés politiques auxquelles fait face Obama depuis quelques mois, aux discriminations accrues par la crise (cf. cet article du Courrier International, Les Noirs, premières victimes de la récession, traduction d’un article de Barbara Ehrenreich et Dedrick Muhammad pour The New York Times, 24 sept. 09), à l’intolérance auxquelles les croyances peuvent nous mener (Cf. cet article aussi dans le CI, l’intolérance gagne du terrain traduction d’un article de Mustapha Benfodil paru dans El Watan le 24 sept. 09)…
Je confronte cet ensemble de faits et sans cesse y vois le produit de nos différences, de nos intolérances, de notre manière si intuitive de fonctionner… Pourtant, malgré le pessimisme ambiant, je reste optimiste. Ces personnes que je rencontre au quotidien et qui agissent concrètement, sur le terrain, arrivent à passer outre ces différences, arrivent à tolérer, à co-travailler, ne serait-ce qu’un minimum, pour avancer. En guise de piste pour un éventuel plan B, j’avoue que cela peut être une bonne clef, vous ne trouvez pas?
Comprendre nos différences et les dépasser – sortir de l’indifférence, c’est agir différemment et, par définition même, tolérer un peu plus. Tolérer un peu plus, c’est ouvrir la porte à d’autres possibles: « la différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante: le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération » (James Freeman Clarke). C’est à nous tous de faire la différence.
++ Liens ++
- Négociations de Copenhague en décembre 2009
- Campagne tcktcktck
- Le village de Dissekilde, merci à Petrine!
- Un autre exemple dans lequel la prise en compte de l’environnement a permis de redonner de la vie à un village, Bonheur retrouvé au pays des potiers, traduction d’un article de Mélanie Matarese paru dans El Watan le 28 sept. 09
- Je vous recommande aussi le dernier numéro de Philosophie Magazine n°33, dossier intitulé « le scandale de l’inégalité«






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ça n’a rien à voir, mais bravo au clan des néons!!
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