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Dans la peau de Nicolas Hulot


Le 4 septembre 2009 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

Le Syndrome du Titanic, film écrit et réalisé par Jean-Albert Lièvre et Nicolas Hulot, était projeté en avant première hier soir à Bordeaux. Inspiré du livre éponyme, ce long métrage dépasse les simples constats. Nicolas Hulot s’y livre à coeur ouvert : certains y verront encore un cri d’alarme, d’autres ressentiront un cri du coeur. Personnellement, j’ai été touchée par la voix grave de celui qui en a d’ores et déjà convaincu plus d’un, par l’esthétique des images, le rythme et les choix musicaux. Et par les propos bien sûr : les convictions intimes se mêlent aux doutes et aux témoignages et invitent à s’interroger sur l’essentiel. Un message simple, et surtout rempli d’espoirs.

Les premières images sont accompagnées en fond sonore du discours prononcé en 1963 par Martin Luther King, « I have a Dream ». Les plans se succèdent de manière saccadée, on entend le narrateur pianoter  sur un ordinateur, chercher ses mots… Des mots qui ne tardent pas à être prononcés sur un ton que je n’avais jamais perçu aussi sombre chez Nicolas Hulot. Il se confie, témoigne, raconte, donne un regard. Le regard de celui qui est devenu écologiste il y a 20 ans « parce qu’avant je voyais le monde comme je voulais qu’il soit (…) longtemps je me suis accommodé avec la réalité, mais on ne peut plus faire de concession avec la réalité. Elle est trop grave pour être terminée » a-t-il d’ailleurs confié aux journalistes hier après midi.

Crédit Photo: Fabien Cottereau pour Sud-Ouest. Nicolas Hulot, en compagnie du réalisateur Jean-Albert Lièvre - Du haut des locaux du journal Sud-Ouest à Bordeaux où avait lieu la première présentation publique du film « Le Syndrome du Titanic ».

Terre de contrastes

Le film ne s’attarde pas sur de belles images de nature sauvage. Nous ne sommes pas là dans le documentaire – même si certains pourraient affirmer qu’il s’agit là « de la terre… vue de la terre ». Nous sommes plongés au coeur des villes et des bidonvilles. Au coeur des inégalités et de saisissants contrastes : des « hommes cages » à Kowloon, en Chine, aux caissons à oxygène pour chiens, au Japon ; des SDF à ceux qui dorment dans la rue, une nuit, en attendant la sortie de l’iPhone 3G ; des prières tenues dans l’église des Winners aux traders soucieux de la bourse de Chicago, de la virtualité des jeux vidéos et de second life à la violente réalité…  « Le superflu des uns est sans limite alors que l’essentiel des autres se réduit à rien » rappelle alors le film.

En réalité, le système que l’homme a construit lui échappe et engendre une perte de nature, mais aussi de culture. « On ne consomme pas, on consume » affirme Hulot: nous oublions trop souvent que la vie est une exception, et non la norme. « A quoi bon cette conscience si nous devenons notre propre ennemi? », interroge-t-il, alors que son témoignage est parsemé de « j’ai peur » et de « je suis perdu ».

Image du film

Pour lui, on le sent, la seule guerre qui soit digne de l’homme est la guerre contre la misère. Dans un monde connecté et relié, on ajoute à la misère un élément: l’humiliation. Si nous avons été en mesure de diffuser la télévision et les portables dans les coins les plus perdus, pourquoi ne sommes nous pas capables de diffuser le savoir, le savoir-faire et l’énergie…?

Inquiétude ou désespoir?

Le Syndrome du Titanic, c’est en référence à l’orchestre qui continue à jouer alors que le navire est en train de couler. Il s’agit là d’une belle métaphore pour illustrer la situation du monde actuel, résumée à merveille dans cette phrase d’Einstein rappelée à deux reprises dans le film: « nous vivons dans une époque de profusion des moyens et de confusion des intentions ». Il est aujourd’hui nécessaire d’agir, d’aller au-delà de la conscientisation.

Image du film

Nicolas Hulot ne se définit ni comme un optimiste, ni comme un pessimiste. Même si son inquiétude a de quoi… inquiéter, il essaye surtout de ne pas être fataliste: « ce qui était dans l’armoire des utopies peut devenir réalité demain » lance-t-il à la salle après le film! « C’est un film qui doit bouleverser dans le sens positif du terme et insuffler une réflexion ».

La mesure comme règle d’or

Les priorités aujourd’hui sont de protéger et préserver la planète, et de partager. Nicolas Hulot ne prétend pas détenir de solutions, mais espère intimement que l’homme saura bientôt dépasser les limites du conventionnel. Que nous passions du matériel au relationnel, que nous ne changions pas seulement d’allure, mais aussi de cap. Il souhaite aussi que nous dépassions nos conflits, que nous sachions dépasser les rêves de grandeurs et de puissance…

Image du film

Conscient que cela est difficile lorsque le quotidien rappelle le chômage, la précarité… Mais « l’avenir n’effraie que si on le fuit » souligne Hulot. Le fardeau de l’humanité a changé : sa complexité et sa gravité sont tels que nous ne pouvons regarder ailleurs. C’est en incarnant le changement, en fixant des priorités pour agir, et en étant solidaire dans les faits, dans l’espace et dans le temps, que nous arriverons à modifier le modèle économique actuel.

Les solutions, selon lui, se trouvent essentiellement l’organisation de la croissance et de la décroissance sélective, selon des contraintes physiques, et non idéologiques. « Peut-on prospérer sans croître? Est-il possible de sortir du toujours plus? Jusqu’où suis-je prêt à aller dans le renoncement? » s’interroge-t-il. Car seul l’excès est toxique…

Au final, nous devons aujourd’hui avoir la mesure comme règle d’or, et fixer les limites ensemble. « Je veux taire mes illusions et garder mes rêves » lance-t-il en guise de conclusion. Nous aussi Nicolas.

++ Liens ++

Le film sort le 7 octobre.

++ A noter ++

Certaines scènes du film montrent la pauvreté dans toute sa splendeur… Dans les questions posées par la salle hier après la projection, certains ont assimilé cela à une forme de voyeurisme… interrogeant alors la manière dont ces images ont été tournées.

Pour votre information: l’équipe de tournage, très réduite (2 – à 3 personnes maximum), a demandé avant chaque tournage des autorisations et a travaillé avec les associations locales. Des liens ont été établis dans le temps et le réalisateur Jean Albert Lièvre a confié qu’une partie des revenus du film serait versée à ces associations…

Les réalisateurs ont pas choisi de communiquer sur cet aspect, pour eux cela est tout simplement normal…


13 commentaires à “Dans la peau de Nicolas Hulot”

  1. Plume d'encre dit :

    De façon générale, j’aime beaucoup Nicolas Hulot, son discours, son approche de l’urgence écologique. Parce que sa démarche est toujours très humaine. Parce que le discours est réaliste. Parce que ses actes sont souvent en accord avec ses dires. Parce qu’il essaye de ne pas tomber dans l’extrême (vous me direz, la définition de l’extrême est très personnelle). Parce que personne mieux que lui exprime ce qui est : il y aura des répercussions ! Notre liberté d’action : limiter la casse… ou pas, prendre le virage… ou pas, s’interroger au quotidien… ou pas.

  2. Alevedo dit :

    De façon générale, j’aime beaucoup Nicolas Hulot, son discours, son approche de l’urgence écologique. Parce que sa démarche est toujours très humaine. Parce que le discours est réaliste. Parce que ses actes sont souvent en accord avec ses dires. Parce qu’il essaye de ne pas tomber dans l’extrême (vous me direz, la définition de l’extrême est très personnelle). Parce que personne mieux que lui exprime ce qui est : il y aura des répercussions ! Notre liberté d’action : limiter la casse… ou pas, prendre le virage… ou pas, s’interroger au quotidien… ou pas….

  3. Matyas dit :

    Hâte de le voir !

  4. Il est temps de lutter contre l’inertie et de dénoncer ce qui tue notre planète en se positionnant contre l’yper consommation qui nous bluffe. merci à Nicolas Hulot et à ses ambassadeurs

  5. Chauvin dit :

    « la pauvreté dans toute sa splendeur », j’adore cette phrase dans le à noter
    ce serait dommage de lutter contre la pauvreté qui est si jolie
    il vaut mieux lutter contre le réchauffement climatique avec l’aide de l’oréal, tf1 ou edf… les partenaires de l’hélicologiste !

  6. Manso dit :

    Excellent film, trop souvent critiqué par certaines personnes qui ne feront jamais le millième de ce qu’a réalisé Nicolas Hulot. Bien qu’en désaccord sur un point avec son auteur (en ce qui concerne son silence sur la démographie), je reste convaincu qu’il joue un rôle majeur dans la préservation de « la planète ».

  7. [...] récent film de Nicolas Hulot, “Le syndrôme du Titanic” contient une image qui me semble symbolique de cette peur: dans un plan restreint de face, on [...]

  8. [...] A nous de faire bon usage de ce privilège“. Un propos que je l’ai entendu tenir aussi lors de la présentation de son film, le Syndrome du [...]

  9. [...] préoccupation qui est au coeur du film de Nicolas Hulot, le Syndrome du Titanic, que j’ai eu la chance de visionner en avant-première il y a quelques semaines déjà (sortie [...]

  10. [...] récent film de Nicolas Hulot, “Le syndrôme du Titanic” contient une image qui me semble symbolique de cette peur: dans un plan restreint de face, [...]

  11. [...] vie aux images. Il ne tombe ni dans la culpabilisation, ni catastrophisme; travers dans lequel le documentaire de Nicolas Hulot semble être tombé (mais je ne l’ai pas encore [...]

  12. [...] Dans la peau de Nicolas Hulot (au sujet de son film, le syndrome du Titanic) [...]

  13. Barbara dit :

    J’apprécie énormément le travail de Nicolas Hulot, cependant il s’agit du film de Jean-Albert Lièvre et non celui de Nicolas Hulot.

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