Ayez confiance, la planète embauche!
Le 31 août 2009 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
“La Terre a besoin d’un nouveau système d’exploitation, vous êtes les programmeurs, et nous avons besoin de ce programme d’ici à quelques dizaines d’années“. C’est en ces termes que Paul Hawken a ouvert sa conférence inaugurale de la promotion 2009 de l’Université de Portland, le 3 mai 2009 – conférence dont le texte a été traduit par Emmanuel Delannoy et Marie Corson, de l’Institut Inspire.
Et c’est aussi en ces termes que nous vous proposons d’aborder cette rentrée. Car les propos de Paul Hawken sont de ceux qui “boostent” et réconfortent, ils sont de ceux que l’on a envie d’entendre au quotidien.

Paul Hawken
“Vous êtes géniaux et la planète embauche”
Certes la terre n’envoie pas de “limousines pour venir vous chercher à la sortie de votre école“, mais elle propose d’autres solutions en envoyant “de la pluie, des couchers de soleil, des cerises mûres, du lilas de nuit, et cette personne, si incroyablement mignonne, avec qui vous sortez“, nous dit le “Nicolas Hulot des Etats-Unis”. Mais le vrai défi est autre: il s’agit “d’oublier que cette mission qui vous est confiée – sauver la planète – est impossible dans le délai imparti”, il ne faut pas se laisser “dissuader par ceux qui “savent” ce qui est impossible. Faites ce qui doit être fait, et vérifiez, seulement après l’avoir fait, si c’était impossible.”
Et là réside le message de Paul Hawken; ayez confiance en vous, en vos convictions, en votre potentiel, et continuez toujours à avancer sur le chemin d’une mission a priori impossible!
Des propos qui entrent en résonance parfaite avec ceux tenus, il y a peu, lors de l’Université Hommes Entreprise organisée par le CECA (Centre Entreprise et Communication Avancée), au Château Smith Haut Lafitte, dans la région bordelaise.
Cette 15ième édition avait pour thème “retrouver la confiance”. Sur deux jours se sont succédés des intervenants tels Christophe André (médecin psychiatre auteur de L’estime de soi), Catherine Destivelle (l’alpiniste), l’économiste Philippe Dessertine, Geneviève Ferone (directrice DD de Veolia, auteure de 2030, le Krach écologique), frère Henry Quinson et le célèbre auteur-philosophe Eric Emmanuel Schmitt. J’ai tellement apprécié cette journée que je ne pouvais pas ne pas vous en parler en détail… Venez donc lire en plusieurs fois si cela est trop long;-)
L’économiste Philippe Dessertine: “cette crise est la meilleure des choses”
Vous pourrez retrouver sur le site d’Aqui.fr un résumé des propos de Philippe Dessertine, qui s’est attaché à expliquer comment cette crise, exceptionnelle, a pu déferler sur l’économie mondiale. avant de donner quelques pistes de solutions macro-économiques… Sa présentation m’a énormément plu tant elle était limpide et agréable à suivre! Philippe Dessertine a également de l’humour, ce qui représente toujours un atout pour conquérir une salle qui était toute ouïe…
Seul petit bémol pour ma part: dans la conclusion, l’accent particulièrement fort mis sur le dos des consommateurs: “de manière intéressante et providentielle, cette crise est la meilleure des choses. La mondialisation ne deviendra adulte que si chaque citoyen accepte de prendre les choses en main“… de quoi aller interroger par la suite ce chercheur, membre de la commission Juppé-Rocart sur le grand emprunt, sur le rôle des lobbies, de la relance par la consommation, etc… Car si le consommateur a envie d’agir, il ne peut actuellement pas s’acheter de voiture électrique et les voitures les moins polluantes (moins de 100 g de CO2 par km) restent très chères par exemple… Alors certes, changer et agir par le vote sont des solutions pour les citoyens… mais les entreprises doivent aussi évoluer en profondeur. D’après Philippe Dessertine, elles ont compris. On a envie de lui faire confiance…
Geneviève Ferone et les “pensées magiques”

Geneviève Ferone
Si je connais son livre, je n’avais jamais vraiment eu l’occasion d’entendre Geneviève Ferone. Certains amis m’avaient dit qu’elle était brillante dans ses interventions, et ce fut en effet le cas (et ce qui n’était pas facile après la prestation de Philippe Dessertine). Alors qu’elle occupe le poste de directrice DD de Veolia Environnement, elle ne tient pas le discours conventionnel auquel on est habitué parfois… Geneviève Ferone maîtrise parfaitement son sujet, et commence par souligner que le précédent intervenant n’a pas prononcé LE mot qui, selon elle, est à la base de tout pour un monde plus responsable, l’Ethique.
Elle se lance ensuite dans une description des 4 fronts auxquels nous faisons face aujourd’hui – le front climatique, le front énergétique, le front de la biodiversité et le front démographique. En commençant ainsi sa présentation, cela lui permet de faire le tour des principaux enjeux d’aujourd’hui… avant d’insister sur notre capacité à nous en sortir par le haut.
Cette capacité ne doit d’ailleurs pas trop reposer sur les “2 pensées magiques” assez répandues actuellement dans l’opinion publique… et sur lesquelles Genevière Ferone s’attarde avec délice…
1 – La pensée selon laquelle la technologie nous sauvera. Si cela est vrai en effet, méfions nous: elle nous sauvera peut être, mais il ne faut pas négliger le “pas du temps” car… “mourir guéri” c’est pas génial!” nous souligne-t-elle avant d’insister sur la nécessité de donner un sens politique et économique à cette pensée.
2 – La pensée selon laquelle la décroissance va nous sauver. Geneviève Ferone est assez douée ici pour ne pas réduire les décroissants à ceux qui reviennent à un mode de vie “ancien”. Elle insiste simplement sur les questions contenues dans la notion même de décroissance… sur les notions de choix personnel et spirituel, sur la sobriété heureuse. Elle insiste sur le fait que la richesse immatérielle promue par les décroissants donne accès à une posture privilégiée… Aussi l’ancienne directrice de l’ARESE (Agence de notation sociale et environnementale qu’elle a fondé) pèse-elle ses mots: “soit on rate tous, soit on réussit ensemble” lance-t-elle, insistant alors sur le besoin de solidarité et remettant en cause le besoin de toujours plus…
Au final, Geneviève Ferone estime que la voie médiane se situe entre ces 2 pensées magiques… Nous passerons par une phase de sobriété obligée pendant laquelle nous redéfinirons le contrat social et la feuille de route de l’économie décarbonée. Avant de conclure, notez que Geneviève Ferone insiste sur l’importance des territoires et des régions (“ce sont à elles de se réapproprier les enjeux”) et sur l’importance du vote des citoyens.

Vue d’une des terrasses du château Smith Haut Lafitte
La confiance dans une société de défiance…?
L’après midi laissera la place à divers intervenants, dont Henry Quinson qui dans les années 1980 délaisse le monde de la finance pour un monastère cistercien… puis les banlieues nord de Marseille, où il vit actuellement. Celui que l’on nomme aujourd’hui Frère Henry nous explique non sans humour son parcours, parsemé de réflexions métaphysiques profondes… Pour lui, la confiance ne se commande pas, mais s’apprend, se mesure selon les risques que l’on prend, elle tient sur une bonne appréhension des risques…
Au cours des interventions, on s’interroge: la confiance, est-ce parler franc? Faire preuve de respect en considérant l’autre? La transparence? La loyauté? La remise en cause? Le progrès personnel? Spécifier ses attentes? L’écoute? Le fait de tenir ses engagements?
Des questions auxquelles Eric Emmanuel Schmitt donnera de sérieuses réponses… en commençant par remarquer que “la confiance est une petite flamme qui n’éclaire rien mais qui tient chaud”.

Eric Emmanuel Schmitt
Eric Emmanuel Schmitt, leçon sur la confiance
Posant de la question de l’inné et de l’acquis de la confiance, il donnera l’image d’un bébé devenant enfant, puis adulte… traversant au fur et à mesure de sa croissance des prises de conscience et des crises de confiance… Parlant de l’injustice immanente et du tragique, Eric Emmanuel Schmitt estime que l’homme actuel a perdu son optimisme, que sa finitude et que le sens qu’il donne lui seul à sa vie lui procurent de l’angoisse, de la précarité et de la solitude… Cette situation est-elle inexorable pour autant?
Non, tout dépend de l’optimiste que nous voulons bien mettre pour concevoir l’après XXIième siècle! D’un abus de confiance propre à l’enfance, nous sommes passés à un abus de méfiance. Pour dépasser des abus et cette méfiance, nous devons accepter le mystère, nous devons accepter de ne pas savoir... car dans la vie, on a des réponses sur les questions insignifiantes, on ne peut avoir de certitude que sur l’informatif… Les réponses relèvent toujours du peut-être. “Le deuil de la vérité, ce n’est pas de s’arrêter de penser. C’est juste arrêter de chercher à tout savoir” nous précise le célèbre écrivain. Nous ne connaissons pas grand chose mais nous pensons beaucoup… or cet appel à l’humilité pour habiter le mystère est important pour l’homme aujourd’hui.

Photo: Road, par Erik Johansson
Eric Emmanuel Schmitt terminera sa démonstration en expliquant que si la confiance est une pratique volontaire, l’optimisme, lui, est une morale. La confiance est l’équivalent laïque de la foi, dans ce qui permet d’avancer dans le rapport à l’autre, dans l’irrationnel et l’arbitraire. La confiance serait une façon d’habiter le non savoir, l’ignorance, et… la méfiance!
Au final, le pessimiste est celui qui voit toujours le verre à moitié vide, celui qui voit le vide, l’irréel dans le réel. Est-ce un réaliste pour autant? Non, car personne ne lui a fait une telle promesse (personne ne nous promet, dans la vie, que nous ne connaîtrons ni la guerre, ni la maladie, ni la mort… pourtant nous y croyons…). Le pessimiste voit ce qui n’est plus plutôt que de voir ce qui reste.
En somme, l’optimiste cultive sa joie pendant que le pessimiste cultive sa tristesse. L’optimiste relève ses manches, et fait le choix d’une vie plus utile et généreuse. Il sait qu’à l’envers des nuages se trouve toujours un peu de ciel bleu…

Photo: Start, par Erik Johansson
Alors, plutôt rêveur ou réaliste? Plutôt optimiste ou pessimiste?
Ces derniers mots du philosophe font écho à ceux de Paul Hawken:
“L’humanité se rassemble. Elle est en passe de réparer le monde et cela se passe dans des salles de classe, des fermes, des jungles, des villages, des campus, des entreprises, des camps de réfugies, des déserts, des ports de pêche et des taudis.
(…) Ce que je veux vous faire imaginer, c’est que collectivement, l’humanité manifeste une sagesse profonde et innée en se rassemblant aujourd’hui pour guérir les maux et les insultes du passé.
La personne la moins réaliste au monde c’est le cynique, pas le rêveur. N’a de sens aujourd’hui que ce qui fonde l’espoir, quand il est insensé d’espérer. C’est votre siècle. Saisissez-le et battez vous comme si votre vie en dépendait.”
J’espère qu’en cette rentrée, alors que se profile Copenhague… ces quelques réflexions vous aideront à rester positifs, volontaires et courageux!
++ Liens ++
- Vous êtes géniaux, et la planète embauche!, par Paul Hawken (le Nicolas Hulot américain!) sur le site d’Inspire-Institut. Merci Emmanuel de m’avoir autorisé à reprendre certains passages!
- Le site de Paul Hawken
- Le site de l’Université Hommes Entreprises
- C’est une question de bon sens: ne gâchons pas une bonne crise! Ecolo-Info, 30 mars 2009
- Site d’Erik Johansson








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Intéressant article, merci!
et oui, je suis d’accord avec le message de Hawken; ayez confiance en vous, en vos convictions, en votre potentiel, et continuez toujours à avancer sur le chemin d’une mission a priori impossible!
Anne-So ton positif rejoint Olivier! http://quotidiendurable.com/news/et-si-on-tutoyait-le-bonheur
Et si nous devenions des diffuseurs écolos positifs? ; ) (on l’est déjà)
Ah oui, merci de le préciser Ripe Green Ideas! Je voulais aussi faire un lien vers son article, ainsi que vers celui de Julie intitulé “du sens”…
http://www.made-in-ethic.com/blog/index3.php?2009/08/26/469-du-sens
Voilà qui est chose faite:-)
[...] Ecolo-Info » Réfléchir/Entreprendre » Ayez confiance, la planète embauche! ecoloinfo.com/2009/08/31/ayez-confiance-la-planete-embauche-act-sens-60 – view page – cached “La Terre a besoin d’un nouveau système d’exploitation, vous êtes les programmeurs, et nous avons besoin de ce programme d’ici à quelques dizaines d’années“. C’est en ces termes que Paul Hawken a ouvert sa conférence inaugurale de la promotion 2009 de l’Université de Portland, le 3 mai 2009 – conférence dont le texte a été traduit par Emmanuel Delannoy et Marie Corson, de l’Institut Inspire. — From the page [...]
Merci Anne-Sophie ! Cela me fait découvrir cette conférence que je ne connaissais pas.
Cela me rappelle un peu, par la thématique, les Conversations Essentielles qui ont lieu en région parisienne. Le thème de la confiance semble inspirer pas mal de monde en ce moment et c’est une bonne nouvelle, en plus d’être un sujet passionnant !
En effet, l’intitulé de la prochaine rencontre s’intitule “Que la confiance règne!”
http://www.conversationsessentielles.com/
Bonjour et merci pour cet article ! Je ne connaissais pas cette conférence pourtant très intéressante à priori :)
Merci pour cet article !
De quoi tous nous booster pour la rentrée ! Du positif, chouette alors.
N’hésitons pas à transmettre ces messages à nos chères têtes blondes à la veille de leur rentrée scolaire : “ayez confiance en vous, vous pouvez le faire !”
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