Ecolo-Info
 Quand Perrin et Cluzaud éclairent les Océans
De Anne-sophie • 18 août 2009 •
Catégorie: Agir/Grandir

“Un petit poisson, un petit oiseau, S’aimaient d’amour tendre …” nous chantait Juliette Greco en 1966… voilà qui s’accorde bien avec le nouveau film de Jacques Perrin (et Jacques Cluzaud), Océans, dont la sortie est prévue fin janvier 2010.

Après les oiseaux du “Peuple Migrateur”, celui qui aime “toucher le coeur de gens, pour imprimer leur conscience” a décidé de parcourir les mers du monde pour offrir “un témoignage unique sur la fragile beauté d’un monde en voie de disparition” (source: l’Express, 20 Décembre 2006).

Et cela fait donc plus de 4 ans qu’il travail, avec ses équipes, sur ce projet. Pour lui d’ailleurs, “on ne peut plus se contenter de rabâcher que les océans sont malades: ils sont quasi condamnés. Une étude publiée récemment (en 2006, ndrl) dans la revue Science prévient que, au rythme où nous les exploitons, l’essentiel de la vie marine aura disparu en 2048. C’est vrai. Les poissons pélagiques des grands fonds, les thons, les sardines… tous sont menacés. 90% des requins ont été décimés. Pourtant, les étals des poissonniers regorgent de marchandises, comme si de rien n’était. Comme si tout allait bien. Sauf que ces poissons ne viennent plus de nos côtes, comme autrefois. Ils ne sont plus le fruit d’une pêche traditionnelle, artisanale, mais le fait d’un ratissage méthodique, perpétré par une industrie. Quel épouvantable gâchis!”

A ce sujet, comment ne pas se souvenir de cette séquence dans le film “we feed the world”, où les pêcheurs expliquent que le poisson est non pas pêché pour être mangé, mais seulement pour être “vendu”… il ne s’agit plus de pêcheur en somme, mais de simples “ouvriers de la mer”. Je me souviens aussi du film “Les Seigneurs de la mer” de Rob Stewart, sur le massacre des requins… j’en étais malade pendant une semaine. Et au-delà des films même, il suffit d’aller en bord de mer (profitez en si vous êtes encore en vacances) parler avec les pêcheurs pour comprendre le désastre.

Il est donc aisé de saisir ce qui anime profondément Jacques Perrin: “la mer a une unité: si on la dégrade d’un côté, c’est tout l’ensemble qui est endommagé. Or rien ne me semble plus inhumain qu’un monde où il n’y aurait plus que des êtres humains“.

Durant le tournage, il a fallu attendre les poissons, ces “baromètres des bouleversements climatiques” qui, avec le bouleversement du régime des courants, ne sont plus au rendez-vous, ou arrivent en retard dans les zones où on a l’habitude de les voir selon les saisons.

“Nous sommes les générations futures”

Aussi avons nous “bien changé d’époque” nous dit le réalisateur. “On croyait la mer indomptable, inépuisable: elle se révèle fragile et vulnérable. Il faut la regarder avec conscience, ne plus se contenter de s’adresser aux générations futures. Nous sommes les générations futures! Le moment de la sensibilisation est passé. Fini de donner des leçons aux enfants: c’est aux adultes qu’il faut mettre des claques!

Son film n’a donc pas la prétention de dire ce qu’il faudrait faire. Jacques Perrin estime qu’Al Gore ou Nicolas Hulot (qui vient de produire un film qui sort le 4 septembre) s’en acquittent mieux que lui. Il souhaite seulement “toucher les gens, accrocher leur attention et leur mémoire avec de l’émotion“, un peu à la manière de Yann Arthus Bertrand avec ses photos et le film Home. “Il faut qu’on ressorte de ce film en se disant qu’on ne peut pas laisser faire, qu’on ne doit pas se résoudre à la disparition de toutes ces espèces. De toute cette richesse, dont on ignore encore l’essentiel

Ce constat ne doit pas être un frein pour l’action. Pour Jacques Perrin, nous vivons aujourd’hui “l’instant déterminant où, espérons-le, tout est encore possible. Sauver l’océan est un impératif humanitaire. Qui implique non le devoir, mais l’obligation d’ingérence. Sans doute faut-il désormais être un peu policier pour faire respecter cet héritage. La mer n’est pas un jardin d’abondance dans lequel on peut puiser sans fin. Pourquoi, alors, ne pas mettre de grandes étendues en jachère? A Port-Cros et Porquerolles, ou en baie de Saint-Brieuc, où l’on a créé des réserves, la nature a repris ses droits. Tout autant que les espèces, leurs milieux doivent être préservés. Les hommes politiques ont créé l’ONU. Faisons maintenant les Nations unies de l’environnement, dotées de leur propre Conseil, non pas de sécurité mais de sauvetage du milieu marin, et disposant d’un vrai pouvoir de police, avec ces fameux “Casques bleus de la mer”. La sauvegarde de la mer ne peut, ne doit se faire qu’à l’échelle internationale.”

Je vous laisse donc maintenant lire la très belle note d’intention en forme de témoignage écrit par les réalisateurs sur le site du film:

“Longtemps, explorateurs et naturalistes ont silloné les océans à la découverte de nouveaux monde et d’autres formes de vie, naviguant au-dessus d’un univers insoupçonné.

Il y a seulement un demi-siècle, les hommes s’approchaient des étoiles, d’autres glissaient dans la profondeur des océans. Le film “Le Monde du silence” offrait à notre contemplation les premières images de ces proches et inaccessibles territoire et de leurs habitants.

Les fulgurants progrès technologiques, l’appropriation des espaces terrestres et maritimes, la soumission du règne animal confèrent dorénavant à l’espèce humaine un pouvoir absolu.

On n’a jamais tant découvert, on n’a jamais tant agressé qu’aujourd’hui. La trace du génie humain souille rivages et profondeurs.

L’exploitation systématique et irraisonnée des océans allonge inéluctablement le cortège funèbre des animaux disparus. Aucun animal ne se dressera pour sa survie. Les cris des espèces menacées resteront inaudibles.

A quoi rêveront et que dessineront nos enfants si disparaissent les baleines et les dauphins?

Rien ne serait plus inhumain qu’un monde où il n’existerait plus que des êtres humains.

Eviter le désastre est encore possible. Il y a urgence.

Avec le film Océans, Galatée a fait le choix de l’émerveillement par la force et la speindeur des images. Sensibiliser par l’émotion qui, seule, imprègne la mémoire.

Océans, c’est éprouver l’harmonie primitive qui règne dans le dernier territoire sauvage de la planète en s’immergeant dans une mer foisonnante de vie.

Océans, c’est accompagner les créatures de la mer dans leurs déplacements, leurs mouvements. C’est nager à leurs côté après avoir volé avec les oiseaux du “Peuple Migrateur”.

Océans, c’est s’enfoncer au coeur de la tempête jusqu’à ce que ciel et mer se confondent. C’est s’accrocher au bateau dans le pont disparaît sous un linceul d’écume. C’est s’élever dans l’oeil du cyclone jusqu’à la stratosphère où, dans le silence sidéral, les satellites observent la planète.

Pour montrer l’océan comme il ne l’a jamais été, il était nécessaire d’inventer de nouveaux cinématographiques: caméras haute définition dont les courbes de contraste (hypergammas) ont été spécialement conçues pour la lumière en milieu sous-marin; torpille (Jonasà pour accompagner les grands coureurs d’océan à pleine vitesse; mini-hélicoptère avec caméra 35 mm à horizon artificiel; engin sous-marin de travelling à propulsion électrique; grue marinisée à tête gyro-stabilisée (Thétys) pour filme par grosse mer au ras des flots… Autant d’innovations pour offrir un regard renouvelé sur “ce territoire des autres” en étant poisson parmi les poisson.

C’est quatre années de tournage sous toutes les latitudes d’équipe de prises de vie sous-marines, terrestres et aériennes qui bénéficient de l’aide de scientifiques et de centres océanographiques du monde entier.

Océans, c’est prendre le temps de recherche les espèces les plus emblématiques et les plus mystérieuses dans ls sites les plus secrets de l’océan. Océans se veut symphonie naturelle où les accents et couleurs d’une faune sauvage apparaissent en toute liberté.

Océans veut créer une émotion commune afin que l’espérance de chacun devienne universelle.”

Jacques Perrin et Jacques Cluzaud

Réalisateurs.”

Et je vous propose aussi une vidéo réalisée à la grande halle de la cité de la mer à Cherbourg, transformée pendant 4 jours en studio pour accueillir l’équipe du film, en octobre 2008.

Voilà donc un film qui promet d’être très beau. Après le César reçu en 1996 pour “Microcosmos, le peuple de l’herbe”, Jacques Perrin sera-t-il récompensé à Cannes comme le fût en son temps Jacques-Yves Cousteau avec “Le Monde du silence”?

“Quand on est dans l’eau
On veut que vienne l’orage
Qui apporterait du ciel
Bien plus qu’un message”

++ Liens ++

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Anne-sophie Economiste de formation (spécialisée sur les questions de commerce et développement et sur les liens entre économie et terrorisme), j'use de mon "virus de l'info" pour essayer de transmettre au plus grand nombre une grille de lecture plus verte de l'actualité!
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Une Réponse »

  1. [...] meilleur documentaire que l’Homme n’ait jamais fait“. Il s’agissait d’Océan de Jacques Perrin, déjà connu et reconnu pour ses très beaux documentaires Microcosmos et le Peuple Migrateur. [...]

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