Ecolo-Info
 ODYSSEO2 et l’ONG brésilienne Ecologica
De Redacteur Invite • 16 août 2009 •
Catégorie: Agir/Grandir

Manon Delachenal est partie en novembre dernier dans le cadre de l’association Odysseo2 à la recherche de “projets CO2″ – des projets permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre (projets Kyoto) tout en améliorant les conditions de vie des populations environnantes. Ces projets peuvent être de différentes natures: énergie renouvelable, efficacité énergétique, reforestation, déchets, etc… Après son passage au Pérou, Manon est allée au Brésil afin d’étudier l’action de l’ONG Ecologica, dont le but est de réduire les émissions de CO2 des communautés locales via la recherche de solutions innovantes. Une fois encore il est passionnant de découvrir avec elle le travail de ces ONG locales!

Le Brésil est considéré comme l’un des pays les plus riches au monde en matière de biodiversité, grâce à la présence du poumon vert de la Terre, la forêt Amazonienne. Plus encore que sur le reste de la planète, la menace du réchauffement climatique pèse, et de nombreuses espèces de faune et de flore sont en danger voire même en voie d’extinction.

L’ONG Ecologica a pour objet d’agir sur le changement climatique en réduisant  les émissions de gaz à effet de serre, à travers la recherche de solutions innovantes pour la conservation et la préservation de l’environnement. Elle appuie également le développement durable auprès des communautés locales.

Les activités principales de l’ONG comprennent les thématiques suivantes :

  • Développement de projets changement climatique,
  • Recherche sur les cycles du carbone et la biodiversité,
  • Programmes de formation et de sensibilisation des communautés locales,
  • Ecotourisme et gestion des ressources,
  • Management et conservation de l’environnement,
  • Développement de projets parmi les communautés pour l’amélioration de leurs conditions de vie.

L’ONG mène donc de nombreux projets de sensibilisation à l’environnement, et d’aide au développement de l’artisanat local.

Elle est basée dans l’état du Tocantins, un état créé il y a à peine 20 ans (1988), sur la partie nord de l’état du Goias. Sa capitale, Palmas, a donc été construite seulement en 1989, dans le centre du pays, à environ 600 km au nord de Brasilia. Le Tocantins fait partie de la zone de transition entre la forêt pluviale amazonienne et le Cerrado, type de savane qui accueille une biodiversité très riche.

Ma première visite m’amène à Taquaruçu dans un atelier de fabrication d’objets artisanaux à base de feuille de burriti, un arbre appartenant à la famille des palmiers. Maria enseigne la technique aux femmes du village, leur fournissant ainsi une activité et éventuellement un revenu économique.

En parallèle, Ecologica s’est intéressée de plus près aux industries locales du Tocantins dans le but de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. C’est ainsi qu’elle a commencé à mener des projets dans les industries de céramique de l’état. En effet, il s’agit d’un secteur très fortement consommateur d’énergie, fournie par la combustion des arbres extraits des forêts natives du Cerrado.

Comment substituer un combustible à un autre?

Ceramic Milenium est l’une des fabriques qui produit des pièces de céramique, telles des briques ou des tuiles. Pour cela, la fabrique consommait une moyenne 30 000 m3 par an de bois de forêt primaire pour produire environ 1 000 000 de pièces de céramique par mois.

Les pièces nécessitent en effet entre 30 et 40 heures de cuisson à une température d’environ 900°C. Cela implique une consommation de combustible très importante directement répercutée sur la coupe des arbres.

La première étape a consisté à réaliser un diagnostic environnemental, dans le but de trouver des solutions alternatives pour les sources d’énergie. C’est ainsi que Ecologica a proposé la substitution du bois Cerrado par la biomasse renouvelable, la balle de riz (écorce protégeant les grains de riz) comme nouveau combustible. Par exemple, 512 tonnes de balles de riz sont nécessaires pour obtenir les 1 000 000 de pièces en céramique produites chaque mois. Trois producteurs locaux de riz fournissent ce nouveau combustible, évitant ainsi un acheminement trop gourmand en carburant.

Cependant pour passer de la théorie à la pratique, le problème du financement demeurait: les fours devaient être adaptés au nouveau type de combustible. La solution de financer ce projet à travers le mécanisme de développement propre (MDP) proposé par le Protocole de Kyoto s’est rapidement imposée. En effet, en utilisant de la biomasse renouvelable, le projet réduit les émissions de GES et génère des crédits carbone. La vente de ces crédits aux acheteurs européens a permis de financer une partie importante du projet.

Le projet permet ainsi de réduire les émissions de GES d’environ 23 000 t de CO2 par an, soit de générer 23 000 crédits carbone, qui sont revendus entre 8 et 12€ chacun, selon l’évolution du marché.

Mais Ecologica va plus loin dans ce projet.

Une véritable méthodologie: le Carbon Social Methodology

Tout d’abord, cette technologie a été appliquée à plus large échelle à l’ensemble des industries céramiques de la région qui souhaitaient se lancer dans l’expérience.

L’ONG a également développé une méthodologie appelée Social Carbon Methodology qui prend en compte six éléments : aspects humains, environnementaux, biodiversité, financiers, sociaux, et carbone.

Chaque élément est analysé et représenté à l’angle d’un hexagone (cf schéma ci-dessous) pour mettre en évidence les forces, les faiblesses de chaque aspect et les éléments à améliorer en priorité. Cette méthodologie permet une amélioration continue année après année.

Exemple d’Hexagone représentant chaque aspect analysé d’un projet

En particulier, 20% des crédits carbone vendus sont dédiés à l’amélioration des conditions de travail, pôle social du projet. Par exemple, l’industrie Millenium Ceramic l’a dédié à la construction d’un réfectoire, la mise en place d’une assistance psychologique, des assurances pour les ouvriers, la fourniture d’uniformes, la construction d’un terrain de foot, des programmes contre l’alcoolisme, etc.

De plus en plus d’acheteurs de crédits carbone ne s’intéressent plus seulement à la préservation de l’environnement et à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Nombre d’entre eux souhaitent également un projet qui permette de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales, c’est pourquoi la Carbon Social Methodology devrait rapidement se développer sur des projets à travers le monde.

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4 Réponses »

  1. Bonjour
    C’est génial cette initiative. Il faut continuer dans ce sens via les mécanisme MDP. Mon association Africa Co2 tentons de le faire auusi pour l’Afrique. Ce n’est pas facile mais nous pensons que cela va finir par se développer.
    Votre témoignage est encourageant.
    Laurent.

  2. Bravo pour vos actions de sensibilisation à l’environnement et à la gestion durable des ressources. Notre association, Solidaridade, soutient les agriculteurs du Sertão, notamment pour leur alimentation en eau, et s’intéresse à la richesse du patrimoine culturel de cette région.
    Au plaisir de lire d’autres témoignages,
    Xavier

  3. je vous encourage de continuer ce trravail pour ameloirer les condition de vie des peuples autochtones
    Notre association, OCEAN,(organisation concertée des ecologistes et amis de la nature) intervient dans la protection de l’environnement et assiste gratuitement les communautés locales et peules autochtones de la République Démocratique du Congo.

    Maitre Thoms Animateur de la cellule Juridique de l’OCEAN

  4. [...] natures: énergie renouvelable, efficacité énergétique, reforestation, déchets, etc… Après son passage au Brésil auprès de l’ONG Ecologica, elle nous raconte ce qu’elle vu et compris à Bali sur la [...]

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