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Vivre un pèlerinage sur le Gange


Le 23 juillet 2009 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

Cela fait un petit bout de temps que nous ne vous avons pas donné de nouvelles d’Emeline et Ben, du projet Entre Deux Eaux. Lors de leur séjour en Inde, ils ont eu la chance de suivre un pèlerinage sur le Gange et je ne peux que vous recommander de prendre le temps de lire leur article sur le sujet, c’est passionnant, drôle, on y apprend plein de choses sur cette tradition et on s’y croirait presque! Extraits:

En sortant de la station de métro, vendredi soir à 22 heures, nous avons tout de suite remarqué qu’il se passait quelque chose d’anormal. Ces petits bon-hommes tout d’orange vêtus que nous n’avions vu jusque là que disséminés dans la ville se retrouvaient en concentration presque irréelle. En nous dirigeant vers la station de bus, force était de remarquer que tous marchaient dans la même direction que nous. Ce sont principalement des jeunes, entre 15 et 25 ans, rassemblés par groupes de 15 à 20, parfois plus, parfois moins, et avec la caractéristique bien particulière d’être tous habillés en orange des pieds à la tête.

Il règne dans la station de bus un bordel innommable. (…) Des bus sont garés anarchiquement, et lorsqu’ils ne sont pas déjà emplis jusqu’à implosion, une foule acharnée tente désespérément de prendre place à leur bord. Nous avons décidé de nous rendre à Rishikesh pour le week-end. La petite ville est située à 238 km au nord de Delhi, à la frontière de la chaîne Himalayenne, et c’est là que le Gange entame sa longue descente dans la plaine, au sortir des montagnes de Gharwal, et ainsi jusqu’à la baie du Bengal, 2 510 km plus bas. Nous sommes avec Yoav, notre hôte à Delhi, mi-américain, mi-australien arrivé dans la capitale indienne depuis 1an pour marquer les arbres ayant une signification particulière sur tout le continent (www.treeoctopus.net). L’année dernière, Yoav a passé trois mois à Mussoorie, en amont de Rishikesh, afin d’y apprendre l’Hindi. Il connaît bien la région, et surtout la langue, énorme avantage que nous n’avons malheureusement pas l’occasion d’apprécier très souvent.

  • Ye kya hai? (Que se passe t-il ?)
  • C’est le yatra (pèlerinage) annuel. Les pèlerins se rendent à la source du Gange juste avant l’arrivée de la mousson afin de remplir leurs gourdes dont ils ramènent ensuite chez eux le précieux contenu : l’eau sacrée du Gange. A l’origine, ce pèlerinage se faisait à pieds, mais aujourd’hui, les temps ont changé…
  • Vous savez ou nous pouvons prendre un bus pour Rishikesh ?
  • Ce soir, tous les bus vont à Rishikesh, il suffit de sauter dedans. Bon courage !

Le guichetier n’a pas menti, il va nous falloir une bonne dose de courage et un soupçon de folie pour réussir à monter dans un des nombreux bus.”

(…) “Le lendemain, nous atteignons Rishikesh vers midi. La foule de yatri a pris des proportions plus démesurées encore. Ce sont maintenant des foules qui se dirigent vers les montagnes. Lorsque nous sortons du bus, la première pluie de mousson s’abat sur nos têtes. Dire qu’au Bangladesh, les pluies ont commencé il y a plus de 15 jours ! Ce sont des trombes d’eau qui dévalent les rues. Chacun se réfugie là où il peut, sous un arbre, dans un rickshaw, près d’une échoppe. Ce déchaînement climatique a cela de magnifique qu’il rapproche les cœurs et les corps. Les petits yatri ont enfilé des cabans en plastique, d’autres sont abrités sous des capes sommaires faites de surproductions d’emballages plastiques de toutes sortes : Skittles, barres au chocolat, ou autre. Nous sympathisons avec un papy qui nous explique que la majorité des pèlerins vient du Bihar (un des Etats indiens les plus en aval du Gange, presque à la frontière avec le Bangladesh). Lui a marché pendant 14 jours avant d’atteindre cet abris, malgré son âge avancé et ses jambes cagneuses. Les gourdes qu’il transporte autour du cou seront remplies d’eau, puis rapportées en sens inverse à ses proches et amis afin de les laver de leurs péchés et de les mener sur la voie de la guérison. Les 5 à 6 lakhs (unité indienne, un lakh = 100 000) de pèlerins passent en moyenne entre 10 et 20 jours sur le site puis rentrent chez eux, une fois la période la plus intense de la mousson terminée”.

(…) “En cherchant un hôtel, nous sommes étonnés de constater que tous sont quasiment vides. Nous faisons part de notre étonnement au propriétaire des lieux.

  • Les yatri ne sont pas admis dans mon hôtel.
  • Mais pourquoi ?
  • Ils sont sales et leurs vêtements oranges tâchent mes draps blancs. De toutes façons, la majorité d’entre eux ne dort pas. Ils passent leurs nuits à chanter et faire la fête.
  • Mais en 10 jours, ils doivent bien dormir quelque part ?
  • Oui, dans les ashrams (centres d’apprentissage spirituel et de pratique religieuse) et les temples, ou simplement dehors.

L’après-midi, nous partons randonner dans les hauteurs, fuyant la foule et à la recherche d’une chute d’eau gravée dans la mémoire de Yoav et que nous ne trouverons jamais. La jungle est sublime et regorge d’une faune et d’une flore en plein réveil. Quitter les nuées d’adolescents en furie est également un bonheur. La plupart n’ayant jamais vu d’européens, et a fortiori d’européennes, nous passons la journée à poser pour des photos et à serrer des paluches. C’est un juste retour des choses, curiosité pour curiosité, mais le processus est épuisant. A la tombée du soleil, nous nous dirigeons en aval du fleuve, vers Ram Jhula où a lieu la cérémonie des chandelles ou Ganga Aarti. Les dévôts sont rassemblés sur les ghats et s’approchent du fleuve les uns après les autres, en une sorte d’anarchique mais lente procession. Chacun dépose sur les eaux une bougie reposant au milieu de pétales de roses dans une feuille séchée oblongue. Ces embarcations de fortune (les aartis) sont vite emportées par le fleuve vers des terres fertiles à leurs prières. Nous restons un long moment à observer cette cérémonie et rejoignons nos quartiers.”

“Le lendemain, après avoir été repérer un arbre Saal (“Shorea Robusta”) avec Yoav près du village de Byasi, nous redescendons en aval vers le principal lieu du pèlerinage, la ville d’Haridwar. La ville des Portes (dwar) de Dieu (hari) est révérée par les Hindous pour être l’endroit exact où le Gange passe les derniers rapides de la montagne de Shivalik avant de s’engager dans la plaine. A cet endroit, le fleuve est détourné en un canal long de plusieurs kilomètres sur les bords duquel s’étendent les Har-ki-Pairi ghats (littéralement les « pas de Dieu »). Haridwar est une des 4 villes indiennes, avec Nasik, Ujjain et Allahabad composant les 4 tirthas (croisements) sacrés où a lieu tous les 12 ans le festival de Maha Kumbh Mela. C’est en ces 4 endroits précis que Vishnu aurait laissé tombé 4 gouttes du nectar sacré (Amrita). L’évènement est commémoré tous les 3 ans dans chacune des 4 villes et le prochain “Grand” Kumbh Mela, aura, lui, lieu en 2013, rassemblant des dizaines de millions de pèlerins, tout comme sa précédente édition en 2001.

Ici encore, la ville est bondée de yatri…Lire la suite du récit d’Emeline et Ben, qui au final étaient bien fatigués après ce périple!

****

Actuellement, nos deux voyageurs viennent tout juste de quitter le Bangladesh… Je ne résiste pas à l’envie de vous transmettre les impressions que Ben m’a confiées au sujet de ce pays. Certes, la perception que l’on a d’un pays est toujours liée à un vécu personnel, mais pour ceux qui – comme moi, ne connaissent pas le Bangladesh, cela fait déjà voyager un peu que de lire les propos de Ben, et de saisir un peu tout cela avec eux…

Que dire du Bangladesh?

Premièrement que le changement culturel n’est pas des plus importants lorsque l’on arrive en provenance de Calcutta: même base alimentaire agrémentée d’un supplément de viande, même climat, type de boutiques, transport, niveau de vie…. A première vue, il n’y a pas grand bouleversements.

Puis en s’y attardant un peu plus, on constate que les gens sont fortement surpris de nous voir. Ce n’est pas la même curiosité qu’en Inde où les backpackers passent et repassent sans discontinuité. Ici, les seuls “blancs” qui se baladent sont dernières les vitres de gros 4×4 ou aux abords des grands hôtels. Donc quand nous arrivons dans un boui boui et mangeons avec nos mains, les gens nous fixent avec étonnement et Emeline devient la principale attraction des lieux où tout le monde s’arrête de manger.

La religion musulmane n’est pas aussi présente qu’au Moyen Orient ou bien comme je l’imagine au Pakistan. Les femmes sont dans la rue, de toutes les couleurs, rarement couvertes d’un voile. Seul quelques Muezzins et kebabs nous rappellent que nous avons quitté les hindous.

Nous sommes principalement restés à Dhaka qui n’a pas grand intérêt culturel mais dont se dégage une surprenante énergie… Certainement due aux rapports humains que nous avons pu avoir et le bouillon constant d’une masse qui ne sait où aller – 150 Millions d’habs sur un territoire qui fait la moitié de la France et qui a 25% de son territoire inondé tous les ans, ce chiffre montant à 70% lors des moussons plus importantes. Notre excursion dans les villages environnants le Meghna (Fleuve dans lequel se jette le Gange) confirme ces impressions. Nous prenons plaisir à passer d’une barque à l’autre pour rejoindre des coins plus isolés et quitter l’agitation de Dhaka. Superbes paysages sur les rizières inondées profitant du calme de la campagne mais perturbé le temps d’une journée par une cohue suivant 2 extraterrestres.

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