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Matière grise pour évolution verte

Société » Eco citoyen

Caroline, petit colibri


Le 4 juin 2009 | Par

Agnès

Ses articles

Totalement immergée dans un mode de vie écologique, je traque sans relâche dans le quotidien les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.

Nous nous demandons tous ce que nous pouvons bien faire pour avoir une action vraiment concrète pour préserver de façon significative notre environnement. Et souvent, faute de trouver réponse à nos questions, nous remettons à plus tard (dans le meilleur des cas).

Avec l’exemple de la démarche de Caroline, on se rendra compte que les réponses sont souvent juste sous nos yeux, qu’il suffit d’un peu d’obstination, de persévérance et de patience pour parvenir à faire bouger les lignes.

Je sème à tous vents

Un matin ordinaire de l’automne dernier, Caroline, pimpante trentenaire libournaise sort de chez elle. Au volant de sa voiture elle aperçoit un camion de la propreté de la ville et une employée armée d’un grand pulvérisateur en train d’asperger généreusement trottoirs, poubelles, entrée des maisons…

Cette vision la met immédiatement mal à l’aise : quels sont les produits ainsi dispersés dans l’environnement ?

Lorsque Caroline ou un de ses enfants marchent sur le trottoir que ramènent-ils à l’intérieur de leur maison ?

Choquée par l’image de cette personne ne disposant d’aucune protection “aspergeant à tous vents”, Caroline décide d’appeler illico le service s’occupant des voies publiques à la mairie de Libourne pour savoir quels sont les produits employés. Et alors qu’elle s’attend à un refus plus ou moins poli, son interlocuteur joue d’emblée la carte de la transparence en lui indiquant le nom du produit utilisé par les employés : du glyphosate.

Caroline se met alors en quête de renseignements sur cette substance et découvre rapidement que le glyphosate est, en résumé, un herbicide que l’on retrouve notamment dans le tristement célèbre Roundup.

Structure chimique du glyphosate – Source Wikipédia

Pour cette jeune mère de famille particulièrement attentive à son environnement, l’annonce est rude et elle décide d’agir. [Avouerais-je qu'à ce moment-là Caroline est venue me parler de sa découverte, a sollicité mon aide, mais alors occupée professionnellement par ailleurs, j'ai lâchement décliné et l'ai laissée mener seule sa lutte... j'avoue...]

Prendre sa part

Mais Libourne est une petite ville et Caroline croise régulièrement la responsable du service environnement-urbanisme à la mairie, qu’elle retrouve par ailleurs dans la même association de parents d’élèves, sur le marché dominical.

Elle fait donc part de ses inquiétudes à cette adjointe au maire, très étonnée d’apprendre ce genre de pratiques au sein des services propretés où le respect de l’environnement est privilégié. Pour rappel, l’entretien des voies publiques libournaises fait partie des délégations de service public. Cependant, promesse est faite à Caroline de lui fournir toutes les questions qui restent sans réponses.

Le temps passe, les réponses tardent à venir, Caroline s’impatiente.

Puis les choses s’accélèrent suite à la vision d’un documentaire sur les pesticides qui alarme définitivement, s’il en était besoin davantage, notre Caroline. Elle envoie un courrier qu’elle juge elle-même “assassin” mais très documenté à la mairie et exige des analyses d’eau pour connaître les quantités résiduelles de pesticides qu’elle contient. Car elle n’a pas oublié que la dernière campagne municipale était particulièrement axée autour de la qualité de l’eau.

Et cette fois les choses bougent vraiment : l’adjointe au maire chargée de l’environnement et de l’urbanisme contacte sur le conseil de Caroline, le professeur Séralini, un scientifique du CRIIGEN, qui lui propose des alternatives au glyphosate.

Des méthodes déjà éprouvées dans d’autres villes françaises et qui permettront à l’adjointe au maire d’argumenter efficacement auprès de ses collègues du conseil municipal.

Riche des ces échanges et enseignements, elle présente au début du printemps son projet devant le conseil municipal qui acte l’élimination de tous les pesticides dans l’entretien des voies publiques.

Ainsi, grâce à l’engagement déterminé de Caroline, va donc être mis en place à Libourne un plan 0 pesticide et 0 phyto.

Parce qu’elle a posé des questions, a exigé des réponses, a joué pleinement son rôle d’éco-citoyenne, elle a réussi à faire changer des pratiques néfastes à l’environnement dans une ville de près de 23000 habitants : bravo Caroline !

++ Pour aller plus loin ++

CRIIGEN


12 commentaires à “Caroline, petit colibri”

  1. Susana says:

    Et oui!!! BRAVO!!!!!! :D

    Géniale Agnès de nous faire voir qu’on a le pouvoir de changer les choses si on veux vraiment!

    C’est vrai que avec toute l’information que nous avons maintenant, il n’y a pas trop d’excuse pour ne pas se mobiliser auprès de collectivités, le gouvernement en générale et même les entreprises afin de faire changer les choses significativement!

    Et surtout, la clé à mon avis, elle a apporté une solution! elle a donné le contact de l’expert! Parce que les plaintes sans proposition de solution, ne servent à rien!

    Merci pour ce super article!! :D

  2. catherine says:

    Trèèès bien ! Et dimanche n’oubliez pas, on vote de la bonne couleur avec la main gauche !

  3. La Caroline en question :) says:

    Merci Agnès pour ce super article :) je me sens toute flattée .. limite rougissante :)

    J’ai quand meme souri à la lecture de certaines phrases ( ” notre Caroline” notamment :) )

    A mercredi ,

  4. Guillaume H says:

    Caroline, tu n’as pas à rougir !

    tu es un exemple ! Merci pour ton initiative !

    Allez, pour la peine, je vais partager l’article sur mon facebook !

  5. Mimi64 says:

    Beau billet, qui montre bien, que chacun peut apporter sa pierre à l’évolution éco-citoyenne.

    Ayant fait un billet “écolo” aujourd’hui sur mon blog, je n’ai pas raté l’occasion d’en faire référence ici :
    http://mimi64potager.canalblog.com/archives/2009/06/05/13972881.html

  6. Barnabé says:

    Une fois, j’ai vu exactement la même chose dans ma ville (Bruxelles, un tantinet plus grande)
    J’avoue, je n’ai rien fait. Mais j’ai quand même été fachée parce que passant sur ce trottoir je me suis accidentellement fait aspergée (coup de vent).
    Qui sait quel était le produit? Peut-être un jour développerais-je un cancer?
    En plus, je ne vois pas pourquoi on cherche toujours à éradiquer le moindre brin d’herbe, qu’ont-ils fait de mal? Une ville avec quelques brins d’herbes et quelques fleurs, c’est plus jolis!

  7. good girl says:

    Elle a bien fait…
    dorénavant je ferais pareil!

  8. Camille says:

    Agnès, je découvre ton article ce matin. Bravo à Caroline et à son fort caractère. C’est ce type d’exemple dont on a besoin pour montrer que chacun peut faire bouger les choses à son échelle. Qu’est-ce que ça fait du bien !

  9. Sabbio says:

    Bravo Caroline, un colibri bien actif :) C’est en effet inquiétant… Et pour ne pas ramener de cochonneries (sales et/ou toxiques) chez moi nous on enlève les chaussures à l’entrée. C’est toujours ça de moins.

  10. Bonjour,

    j’ai connu votre action via la lettre d’information de la Fondation Nicolas Hulot.
    Bravo, si tout le monde pouvait faire comme vous, la planète s’en porterait mieux, nos enfants aussi.

    Jean-Philippe

  11. [...] je le montrais dans mon précédent article avec l’exemple de Caroline, les choses sont là, juste sous nos yeux. Elles touchent les moindres actions de notre vie [...]

  12. [...] par les yeux de sa scénariste, Isabelle (membre de l’équipe, eh oui;-), et de constater que certains n’attendent pas pour agir et font les colibris du quotidien. Surtout, en juin nous nous sommes tous retrouvés lors du Week End Ecolo-Info. Et comme on [...]

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