Odysseo2 en direct du Pérou
Manon Delachenal et Aline Govin sont parties en novembre dernier dans le cadre de l’association Odysseo2 à la recherche de “projets CO2″ – des projets permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre (projets Kyoto) tout en améliorant les conditions de vie des populations environnantes. Ces projets peuvent être de différentes natures: énergie renouvelable, efficacité énergétique, reforestation, déchets, etc… Après l’un des premiers projets qu’elles sont allées voir en Equateur, voilà aujourd’hui un autre projet qu’elles ont suivi au Pérou: celui de l’ADRA (Adventist Development and Relief Agency) qui vise notamment à réduire les fumées et de gaz nocifs pour la santé émis par les cuisinières utilisées dans les foyers défavorisé des communautés rurales.
A 3600 m d’altitude dans les Andes péruviennes, au fond de la vallée sud d’Ancash, à 270km de Lima (la capitale du Pérou) se trouvent les villages de San Marcos et de Huari. Cette région du pays est riche en minerais de cuivre et de zinc et voit donc son sol exploité par une société minière appelée Antamina, qui permet de fournir un revenu financier important à la région.
Pourtant la population, et notamment certaines communautés indigènes alentours, vivent largement en-dessous du seuil de pauvreté, avec très peu de ressources et un niveau d’éducation particulièrement faible.
Pour ces familles, le soutien technique apporté par l’ONG internationale ADRA, et financé par le fond minier Antamina, constitue une aide précieuse dans leur quotidien.

L’ADRA, Adventist Development and Relief Agency, a développé un projet global autour de la nutrition, intitulé “Réduction de la malnutrition chronique dans les communautés rurales”. Il a pour objet d’améliorer les conditions sanitaires des populations défavorisées, et de favoriser la sécurité alimentaire, l’accès à une alimentation saine et équilibrée, en quantité suffisante, tout en contribuant à améliorer la condition de vie des bénéficiaires par une activité productive (potagers, activités artisanales).
C’est sous l’angle spécifique des “réduction des émissions de Gaz à effet de serre” que l’association ODYSSEO2 s’est intéressée à ce projet.
Les “cuisinières améliorées”
En effet, avec l’objectif d’améliorer les conditions de vie des populations et notamment de réduire la fumée et les gaz toxiques à l’intérieur des foyers, le projet propose aux familles des “cuisinières améliorées”. Ces cuisinières sont destinées à remplacer les foyers traditionnellement constitués: de simples feux de bois à partir de bûches placées sur un support de quelques pierres, à l’intérieur des habitations. Cette technique nécessite un temps de cuisson important et génère beaucoup de fumée et de gaz nocifs pour la santé, aucune aération n’étant prévue.

La “cuisinière améliorée” du modèle ADRA fournie à faible prix est composée de 2 éléments : un support plat en fer comportant 2 plaques de cuisson et une cheminée en aluminium pour l’évacuation de la fumée.
Les bénéficiaires du programme d’aide réalisent eux-mêmes la base d’installation de la cuisinières améliorée, un support solide issu d’un mélange d’argile, d’eau, de sucre, paille, sable, sel, cendres, et jus de cactus.

Le projet permet de réduire de manière significative la consommation de bois, 40% en moyenne, provenant le plus souvent de forêt primaire et entraînant la destruction des espèces natives environnantes.
Des technologies appropriées
Microsol est une entreprise sociale qui soutient divers acteurs mettant en place des projets de développement à dimension sociale et environnementale, via la diffusion de technologies appropriées. Par appropriées, on entend efficaces techniquement, ou “propres”, et socialement adaptées aux utilisations et adoptées par les bénéficiaires.
En tant que spécialiste de la diffusion de cuisinières améliorées au Pérou, Microsol appuie Adra à plusieurs étapes: l’optimisation, le monitoring et la valorisation du projet.
L’accompagnement se fait tout au long du projet via l’apport de conseils spécifiques aussi bien sur le design et l’utilisation de la cuisinière que sur la sensibilisation aux bénéficiaires et le suivi du projet.
Des cours de formation sur les réquisits du monitoring sont dispensés aux techniciens de l’ONG afin d’assurer au projet une pérennité et une durabilité dans son processus de valorisation.
En moyenne, une cuisinière améliorée génère une réduction évaluée entre 1.5 et 3 tonnes de carbone par an. Sachant que d’ici à 2010, environs 2400 modèles devraient être installés, on peut estimer qu’ils généreront en moyenne entre 3600 et 7200 tonnes de CO2 évitées par an.

Cependant le changement d’habitude des familles pour un nouveau modèle n’est pas si simple : un travail de sensibilisation et une formation initiale, ainsi qu’un suivi régulier sont nécessaires, pour expliquer aux bénéficiaires les raisons d’utiliser une cuisinière améliorée, et leur faire comprendre notamment le lien entre des maladies (pulmonaires, occulaires, etc) qu’elles peuvent avoir et la fumée se dégageant de leur foyer traditionnel. De ce fait, ADRA a recruté, dans chaque communauté, des assistants qui se chargent d’effectuer une tournée régulière parmi les bénéficiaires et de les aider dans l’usage quotidien de leurs cuisinières. Ces derniers appartiennent le plus souvent à la communauté locale et connaissent bien la population: les bons contacts permettent une meilleure communication. Cependant, certaines communautés se trouvent à plus de 4 heures de marche de San Marcos, sans aucun accès routier. Les cuisines doivent alors être acheminées à dos d’âne ce qui rend l’installation et le suivi d’autant plus difficiles à mettre en place pour les responsables.
Il est donc plus que nécessaire d’impliquer totalement les communautés locales, et de les responsabiliser par rapport à leurs cuisinières pour qu’elles puissent en tirer le maximum de bénéfices.
Projet de reforestation
L’ONG Français AVSF, Agronomes et Vétérinaires sans frontières, implantée dans la région d’Angaraes, un peu plus au sud de Lima à l’intérieur des Andes péruviennes, mène un combat similaire contre la pauvreté des populations indigènes locales en y développant un projet de forestation.
Cette région ayant été une cible privilégiée des attaques terroristes du Sentier Lumineux dans les années 1980, son développement socio-économique a été retardé, et de nombreuses communautés souffrent d’une importante pauvreté. C’est pourquoi, en coopération avec les maires des communes alentours, l’ONG a décidé de développer un projet de forestation qui permettra entre autres d’apporter un revenu financier aux paysans à travers l’exploitation des produits dérivés des arbres plantés, fruits des arbres fruitiers ou simple bois de chauffage/cuisine. Ce projet sera également accompagné de conseils pour irriguer les terres, les cultiver de manière plus soutenable et diversifier les cultures en fonction des sols.

Ce projet de forestation va être développé sur une superficie de 3000 hectares, qui est actuellement vierge de toute plantation. Ces terrains appartiennent à différentes communautés, et chacune d’entre elle met à disposition un terrain d’environ 800ha.
Afin de respecter la biodiversité, environ 50% des espèces plantées devraient être des essences natives de la région (Sauco, cipres, quinual…) et 50% des espèces exotiques du type pin. Le choix des espèces dépend du type de sol, de l’altitude (entre 3600 m et 4200 m), et des souhaits de la communauté. Environ 350 000 arbres devraient être plantés sur les 3000 ha sur 5 ans.
L’eucalyptus, espèce autrefois largement plantée par les communautés locales, du fait de sa croissance rapide, est maintenant laissée de côté, car elle favorise l’érosion des sols et consomme beaucoup d’eau. Cependant, ce changement a nécessité de nombreux échanges avec les populations locales afin de faire évoluer les habitudes et leur prouver les inconvénients de cette espèce.

Les arbres absorbant une importante quantité de CO2 lors de leur croissance, ce projet de forestation va permettre d’agir comme un puit de carbone, en captant le dioxyde de carbone atmosphérique: la quantité de CO2 capté est estimée à environ 200 000 tonnes de CO2 jusqu’en 2032.
Les différentes espèces poussent tout d’abord dans une pépinière jusqu’à atteindre une taille d’environ 40cm; elles sont ensuite plantées sur les terrains choisis. L’irrigation est nécessaire les 2 premières années, jusqu’à ce que les arbres aient atteint environ 2 mètres de haut. Afin de prévenir le passage du bétail ou d’animaux sauvages qui pourraient détériorer les plants, des barrières sont nécessaires. Du fait du coût des clôtures artificielles, des barrières “naturelles” de bosquets sont installées le long de ces clôtures. Une fois les bosquets ayant atteint une taille minimale, les barrières artificielles sont démantelées et utilisées autour d’une autre parcelle.

Chaque communauté est responsable de sa parcelle et s’implique dans le développement du projet. Elles fournissent la main d’œuvre nécessaire initialement à la plantation des arbres, puis au suivi de leur croissance (irrigation, mise en place des barrières de protection etc).
Cette implication nécessite une forte motivation de la population, qui n’est pas toujours évidente à obtenir. Il est donc indispensable d’expliquer de manière pédagogique et pragmatique les raisons d’être du projet, la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique et surtout les bénéfices qui seront obtenus localement. Le financement du projet ainsi que la main d’œuvre, en quantité insuffisante, est malheureusement un frein à son avancement, et AVSF recherche activement des investisseurs pour l’aider dans sa démarche.








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