Dans un billet de la semaine dernière, Anne-Sophie rappelait la phrase attribuée à Pierre Rabhi : “quels enfants allons nous laisser à notre terre ?“.
Papa de 3 enfants, éditeur de livres pour les 3-12 ans, cette question de notre responsabilité d’adultes vis-à-vis de nos enfants fait naturellement partie de mes préoccupations quotidiennes.
J’avais envie aujourd’hui de profiter de la tribune que m’offre Ecolo-Info pour y développer ce sujet et inviter nos lecteurs à réagir à ces propos.

Un constat amer : nous vivons actuellement dans un monde schizophrène.
Nous savons que notre planète pourrait sans trop de problème nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains (1).
-> Mais en 2006, un humain sur 6 a été gravement et en permanence sous-alimenté (2).
Nous savons que le mode de vie “à l’occidentale” n’est pas viable à moyen terme et que les énergies fossiles vont manquer.
-> Mais nous construisons des avions plus gros que jamais, et la Chine prévoit de construire une centaine d’aéroports dans les 12 ans à venir (3).
Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) estimait, dans son rapport 2006, que 85 milliards de dollars par an sur une période de 10 ans permettrait de garantir à tout être humain l’accès à l’éducation, aux soins de santé essentiels, à une nourriture adéquate, à l’eau potable et, pour les femmes, à des soins de gynécologie et d’obstétrique.
850 milliards de dollars sur dix ans… à comparer aux 1204 milliards de dollars dépensés pour l’armement dans la seule année 2006 (4) ou aux 700 milliards de dollars du plan Paulson.

Face à de telles incohérences, quel bagage pouvons-nous donner à nos enfants ?
Avant 6/7 ans, avant l’apprentissage de la lecture souvent, l’enfant vit dans un monde magique. Un monde peuplé de formes, de sons, auxquels l’enfant peut – en grande partie – donner le sens qu’il souhaite.
Le sens donné est le plus souvent lié à ce que l’enfant vit et ressent autour de lui.
Depuis Dolto, il est maintenant clair pour beaucoup que cette prime enfance est le meilleur moment pour développer l’estime et la confiance en soi. Un âge idéal pour faire découvrir à nos enfants ce qui nous touche dans la nature, pour chanter, danser avec eux.
Prendre le temps d’une lecture du soir, rester au contact de son enfant qui, bien souvent, en redemande.
Dans le même temps, l’enfant s’ouvre aussi au monde qui l’entoure. Peu à peu, l’enfant prend conscience de l’Autre, comprend ce qu’il peut apporter aux autres.
Un enfant maintenu hors de cette conscience des autres peut tout à fait rester sûr de lui, maître de son destin. Mais à quel prix ?
Cette ouverture aux autres, c’est avant tout en famille que l’enfant peut la trouver… ou pas.
Hors de la cellule familiale, c’est à l’école qu’il est amené à se construire.
La phrase de Gandhi “Incarnez le changement que vous souhaitez voir dans le monde” devrait commencer au sein de la famille et de l’école.
Crier sur un enfant pour lui dire de ne pas crier et de se calmer est une bombe à retardement.
Oui, l’enfant, sous le coup de l’injonction, va sans doute s’arrêter de crier. Mais quel exemple lui donne-t-on?
L’enfant est une éponge. Il prend tout ce que nous lui donnons. Le bon, et le moins bon.
Plus l’enfant grandit, plus il se charge de nos incohérences d’adultes, de modèles.
Que fait l’adolescent la plupart du temps si ce n’est mettre l’adulte face à ses propres incohérences ?

Quel rapport avec l’état du monde ?
Comment croyez-vous qu’un enfant confiant en lui, attentif aux autres, qui à 10/12 ans sait lire et commence à décrypter l’information, réagit face à l’état du monde?
Il a en fait 2 grandes options : soit il se dit qu’il peut changer le monde, soit il préfère se réfugier dans un monde parallèle, que ce monde soit virtuel ou artificiel.
Adultes, nous pouvons quelquefois avoir le sentiment que nos actes quotidiens, nos efforts pour changer les choses ne sont au final qu’une manière de nous donner bonne conscience, mais que la partie est jouée.
Peut-être l’est-elle pour nous. Oui. Elle est certainement en partie jouée lorsque nous démissionnons ainsi.
Pensez-vous que l’enfant est prêt à démissionner, lui? Au contraire! Et si nous ne le faisons plus pour nous, faisons-le pour lui.
Aujourd’hui, je suis convaincu que l’un de nos devoirs d’adultes est de donner à l’enfant les outils pour passer à l’action.
Passer deux jours à nettoyer un ruisseau. Monter une association pour récolter des fournitures scolaires et les envoyer en Afrique. Rejoindre une association d’animation de quartier…
Qu’importe si l’action semble dérisoire à vos yeux, il est des moments où le sens de l’action à plus de portée que l’action elle-même.
Et tout comme le colibri, vous serez heureux, ensemble, de faire “votre part”.
++ Notes ++
(1) “La crise de l’éducation” dans “La crise de la culture” – 1954
(2) World Food Report de la FAO
(3) Dépêche AFP du 26/01/2008
(4) Rapport du SIPRI publié le 8 juin 2007 (cf. sur RFI)

Quel monde pour nos enfants? Quels enfants pour le monde?













le 07 avril 2009 à 21:02:
Dis donc, on serait pas copain tous les deux par hasard ?
le 07 avril 2009 à 22:47:
Au sujet de l’armée… Définie par Einstein (tu le sais déjà je suis sûre):
“la pire des institutions grégaire se prénomme l’armée. Je la hais. Si un homme peut éprouver quelque plaisir à défiler en rang aux sons d’une musique, je méprise cet homme… Il ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait. Nous devrions faire disparaître le plus rapidement possible ce cancer de la civilisation…”
le 08 avril 2009 à 16:51:
un seul mot me vient quand je termine ton article, c’est cohérence. Ce que tu décris est cohérent du premier mot au dernier. Du coup je suis allée voir le sens étymologique du mot : Empr. au lat. class. cohaerentia « connexion, cohésion ». Connexion, lien, c’est comme ça que de mon côté je définis souvent le développement durable… !
le 21 avril 2009 à 7:56:
[...] semaine dernière, à la fin de mon billet, je parlais de l’importance de l’action, même symbolique, que les enfants pouvaient entreprendre à leur [...]