C’est en écoutant BFM Radio, début mars, que j’apprends avec étonnement la nouvelle: malgré la baisse notable du coût du carburant, les automobilistes préfèrent laisser leur voiture au garage !
Intriguée, je fais quelques recherches, et découvre un article du Figaro (du 4 février 2009) intitulé “Les Français délaissent leur voiture et le vivent très bien”!
Morceaux choisis :
“Avec l’envolée du prix du pétrole, les conducteurs n’ont pas hésité à moins rouler l’an dernier. Ils sont satisfaits de leurs nouvelles habitudes de transport.
Le comportement des Français face à l’utilisation de leur véhicule va-t-il définitivement évoluer ? C’est la question que se posent les industriels du pétrole. L’automobiliste «semble bien avoir changé d’attitude avec la hausse du prix des carburants», a souligné hier Jean-Louis Schilan¬sky, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip).”
Je m’interroge aussi… S’agit-il d’un changement durable de comportement, ou bien d’un phénomène lié au contexte actuel (crise, carburant très cher en 2008, arbitrages budgétaires des ménages, etc.)?
La ruée vers l’éco-mobilité ?
A en croire cette étude IFOP (réalisée mi-janvier et publiée dans le même article du Figaro), la mobilité durable, c’est tendance!
Lorsque les français évoquent les raisons qui les ont conduits à mon utiliser leur voiture, le souhait de mieux respecter l’environnement est cité en 2e, juste après la hausse du coût du carburant!

L’étude révèle encore qu’une “très large majorité de Français (82%) affirme même que si les prix du pétrole baissaient encore, ils n’utiliseraient pas davantage leur auto, (…) et ils continueraient, comme ils le font depuis plusieurs mois, à optimiser leurs trajets, faire du vélo ou pratiquer le covoiturage, (…) faire leurs courses dans les commerces de proximité ou sur Internet et demeurer des utilisateurs assidus des transports en public.”
De nouvelles habitudes assumées et encourageantes! Et, en y regardant de près, pas si étonnantes.
Les études réalisées par le GART (Groupement des Autorités Responsables de Transport) en 2005 apportent une piste de réflexion: ils ont établi que l’information sur le coût comparé de la voiture individuelle et des transports publics constitue l’un des principaux leviers pour une modification durable des comportements, la sensibilisation aux enjeux s’avérant aussi très importante.
Or, 58% des personnes interrogées ignorent tout du budget qu’elles consacrent aux déplacements, et donc des économies pouvant être réalisées en utilisant plus les transports publics. Pourtant, 92% des sondés sont demandeurs de ces comparatifs!
Ils sont en effet édifiants: un abonnement aux transports publics revient en moyenne 12 fois moins cher à l’année que l’utilisation d’une voiture en solo! (Source Novethic, d’après études du GART)
En l’occurrence, le contexte de crise et le carburant cher de ces dernières années se sont chargés, me semble-t-il, d’inciter de nombreux automobilistes à faire la comparaison par eux-mêmes.
Et, sans surprise, à opter pour d’autres modes de transport que leur voiture personnelle.
Sans doute contraints au départ, mais plutôt convaincus à l’arrivée apparemment!
Et la voiture “verte” dans tout ça?
Elle pourrait par certains aspects répondre aux préoccupations observées (carburant trop cher et impact sur l’environnement).
Mais ce n’est pas demain que tout le parc automobile français sera “vert”, encore moins à l’échelle mondiale! C’est le constat que dresse le magazine Terra Eco dans son grand dossier “Mais où est passée la voiture verte ?”.
Le développement d’un service public de mobilité performant est donc primordial, d’autant que « verte » ou non, la voiture est dévoreuse d’espace, et peine à trouver sa place dans un monde à 50% urbanisé.
Elle est de plus clairement accusée de porter atteinte à la qualité de vie en ville, si l’on se réfère à la publication de l’Observatoire Veolia des modes de vie urbains (étude portant sur 14 villes à travers le monde): les 2 premières raisons de détester sa ville sont les embouteillages et la pollution!

Malgré tout, l’attractivité de la voiture en tant que mode de transport individuel reste extrêmement forte : la demande continue de croître, laissant ainsi augurer pour 2020 d’un doublement du parc automobile mondial par rapport à 2005 (estimation publiée dans ce rapport parlementaire publié sur le site du Sénat).
Cette course à la mobilité individuelle plane telle une menace sur les villes déjà largement embouteillées… Tandis que “selon l’ADEME, une réduction de seulement 4 % du nombre de voiture en circulation permet de passer d’un embouteillage à un trafic fluide. Il suffirait alors que 5 % des personnes qui conduisent seules prennent un autre “autosoliste” en covoiturage pour éviter stress dans les bouchons, pics de pollution et rejets de CO2!” (Source Roulons pour l’avenir).
CQFD? En tous les cas, l’émergence d’une mobilité plus soutenable pour tous semble passer par un accès partagé aux différents modes de transport, voiture comprise, ainsi que par plus d’inter-modalité (combinaisons innovantes des différents modes).
Publics, collectifs, partagés, à la carte… quels services de mobilité pour demain ?
Pour inciter durablement à une mobilité plus citoyenne et écologique, la prise en compte des besoins des utilisateurs est très importante.
La Macif, en partenariat avec le MEEDDAT, apporte une contribution intéressante en la matière, avec le Baromètre de la mobilité durable (PDF) (étude 2008, basée sur un échantillon représentatif de la population française).
Trois principaux leviers ont été identifiés: “un abonnement unique pour tous les modes (62% jugent qu’il les inciterait à utiliser les modes alternatifs, 30% déclarant que cet abonnement unique les inciterait “beaucoup”), la mise en place d’une application dynamique permettant de connaître toutes les possibilités de déplacements alternatifs en temps réel (61%) et la création d’un annuaire des adresses des structures proposant ce type de service (58%).”
Or il me semble que le contexte est plus que jamais favorable à de telles solutions! J’espère que nous verrons émerger de plus en plus d’innovations en ce sens, avec une approche résolument multi-modale et “à la carte” de la mobilité !
S’il reste beaucoup à inventer (avis aux entrepreneurs !), des initiatives émergent, parmi lesquelles:
- “Le 1er centre de multi-modalité en France, selon Vinci : ouvert début 2009, dans l’un de ses parkings de La Défense, Mobiway rassemble au même endroit toutes les offres de transport que l’utilisateur peut souhaiter alterner ou combiner (transports en commun, voiture individuelle, co-voiturage, auto-partage, taxis, moto-taxis, véhicules en location, bornes d’achat de billets SNCF Francilien et RATP, etc.).” (source Mes courses pour la planète)
- Une offre de titre unique incluant déplacements en bus ou en véhicule auto-partagé à Hanovre (vu sur Consoglobe)
- Les services de bus à la demande, comme le propose la Communauté d’Agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, pour les zones d’habitat diffus, sur réservation téléphonique préalable. Ou encore : les Taxibus de la Communauté d’Agglomération d’Evreux (27) (source Ademe).

Comment apporter ma pierre à l’émergence d’une mobilité plus soutenable ?
Si les enjeux liés à la mobilité, à la voiture, aux carburants… se jouent en grande partie dans des sphères qui nous dépassent en tant que citoyens, il existe à mon sens quelques pistes pour agir au quotidien. Notamment en terme de dialogue et de sensibilisation auprès des automobilistes.
Voici quelques suggestions, mais n’hésitez pas à en proposer d’autres !
- L’approche “Budget”: avec la Calculette éco-déplacements (ADEME), qui donne une première idée de l’impact de ses déplacements quotidiens sur l’environnement ET sur ses dépenses ! La perspective d’économiser beaucoup sur son budget mobilité peut s’avérer stimulante ; ) Transports publics, covoiturage, vélo… il existe certainement des alternatives !
- L’approche “Conviviale”: faire découvrir le co-voiturage à ceux qui, par goût ou parce qu’ils n’ont pas le choix, ne renonceront pas à utiliser leur voiture. Il existe de nombreux réseaux, à découvrir notamment sur cette page du site de l’ADEME. Un exemple? 123envoiture.com: actuellement plus de 269 000 utilisateurs sur ce site créé pour réunir les conducteurs qui souhaitent partager leurs trajets. Et ce n’est que le début: le site s’enrichit de 400 inscriptions et 800 trajets par jour.
- L’approche “Pratique”: parler de l’auto-partage aux citadins qui cherchent désespérément à stationner en ville ! Pour découvrir l’auto-partage et bien plus, lisez cet article d’Elvire sur EcoloInfo.
- L’approche “Citoyenne”: participer aux enquêtes publiques organisées par votre commune, vous impliquer afin d’obtenir un service public de mobilité efficace et bien réparti, capable de rivaliser avec la voiture !
- L’approche “Stratégique”: pourquoi ne pas suggérer à votre entreprise de mettre en place un Plan de Déplacement des Entreprises, à votre commune de mettre en place un service d’information sur toutes les possibilités de déplacements alternatifs en temps réel, etc.
Vous avez d’autres idées sur le sujet ? Le débat est ouvert !
Nathalie, étudiante en aménagement urbain
++ Autres liens utiles ++
- Site “Bougez autrement”: pour approfondir le sujet de la mobilité durable, et trouver des liens vers de nombreux services existants.
- Le guide de l’éco-mobilité ADEME et la rubrique Se déplacer malin
- Un article sur le site Mes courses pour la planète, avec de nombreux liens pratiques (cliquez sur “Où trouver tout ça” en bas de page)
- Franceautopartage.com: les opérateurs d’autopartage locaux se sont regroupés afin de mutualiser les moyens nécessaires au développement et à la promotion de ce service.

Le Prix du carburant a baissé, et alors?













le 24 mars 2009 à 15:02:
Bonjour,
c’est peut-être un peu tard pour l’annoncer, mais ce soir, j’anime un débat intitulé “Panorama des nouvelles pratiques de mobilité durable… Allons nous devoir réapprendre à nous déplacer ?”.
Voici l’intro :
La meilleure énergie, c’est la votre La mobilité est devenue une donnée essentielle dans nos vies. Les distances parcourues s’allongent, les déplacements s’intensifient. Les hyperactifs que nous sommes exigent d’aller toujours plus loin, plus souvent, et plus vite. Cette course au déplacement n’est évidemment pas sans conséquence. Et, si les utilisateurs de Velibs et autres voitures électriques tentent de montrer l’exemple, la tendance croissante à la mobilité motorisée, aujourd’hui avérée, pause par exemple de sérieux problèmes… Alors, certes d’un point de vue purement environnemental, il vaudrait mieux… qu’on se déplace assez peu ! Mais puisqu’on ne peut faire de l’homme un sédentaire, il faut réinventer les manières de concevoir nos déplacements.
En tant que fondateur de Voiture & Co, j’ai été invité à dresser pour le public de l’altermardi un panorama des nouvelles pratiques de mobilité. J’expliquerai que la mobilité durable ne peut se focaliser sur le seul pilier environnemental. Les questions sociales et économiques sont centrales, et complexifient notablement le problème. A une époque où la mobilité conditionne le lien social (et parfois bien plus…), nous nous interrogerons sur la question que pose l’inégalité Interdiction d’accès aux modes de déplacement. Le phénomène de saturation des réseaux est lui aussi un enjeu. Les transports en commun sont ils la seule réponse ? Devrons-nous, à l’avenir, inventer de nouvelles façons d’appréhender nos déplacements ? Sans pessimisme aucun, on est en droit de s’interroger : la ville de demain acceptera-t-elle de nous laisser circuler autant que nous le voulons ou faudra-t-il restreindre les déplacements individuels et collectifs ?
La rencontre se déroulera le mardi 24 mars, 19:00 – 20:30, au Alter mundi café
4, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11
Pour tout renseignement complémentaire, merci d’écrire à altermardis@groupe-sos.org
Tous les détails en cliquant sur le lien de mon site web.
le 24 mars 2009 à 15:05:
Sinon, plusieurs billets sur le sujet sur mon blog (toujours en cliquant sur mon nom, ci-dessus) :
* La voiture électrique, un moindre mal mais pas une bonne solution
* En France, on remplace les voitures. En Belgique, on vous invite à vous en débarrasser. Un geste bien plus écolo !
* On peut faire le tour du monde tout en produisant -presque- zéro gramme de CO₂
* Intégrer le covoiturage dans la prime transport !
* Vivre mieux en dépensant moins : “j’ai laissé tomber la voiture”
* Le stationnement outil de la mobilité durable
* Chèque transport : ne pas se contenter de demi-mesures. Il faut accompagner le changement des pratiques !
etc.
le 25 mars 2009 à 22:08:
Bonjour Ludovic,
Merci beaucoup de tes commentaires qui viennent élargir le débat !
Je suis ravie d’avoir découvert ton blog, et je recommande particulièrement cet article sur Mobizen : http://ludovicbu.typepad.com/ludovicbu/2008/06/mes-aventures-a.html
Décidément, l’auto-partage a beaucoup d’atouts pour convaincre !
Je n’ai malheureusement pas pu me libérer hier soir pour venir au débat Altermardi où tu intervenais… très dommage, heureusement une amie y était et m’a fait un compte-rendu détaillé ; )
Si j’ai bien compris, tu y exposais notamment une vision prospective sur la saturation à venir des transports publics, au-delà de celle qui concerne le traffic auto. Et donc, la nécessité de reconsidérer les besoins en mobilité, au-delà de l’usage qu’on en fait ou des services proposés.
Je suis tout à fait d’accord, même s’il est vrai que là, on touche aux comportements humains, au-delà des incitations (financières notamment…), des aménagements (proximité et mixité fonctionnelle), sensibilisations (économies pour chacun, meilleure qualité de vie, réduire son impact sur l’environnement…), etc., qui peuvent être mis en place.
Mais le challenge est passionnant ! ; )
J’ai une question sur un point soulevé par une personne de l’assistance, à ce qu’on m’a rapporté :
il était question de centres de télétravail, destinés à permettre la proximité domicile-travail, tout en offrant des réponses aux détracteurs de cette alternative (isolement social, équipement pro à domicile, impossibilité de savoir ce que fait réellement le salarié…).
Connais-tu des exemples de tels dispositifs, et sais-tu s’ils fonctionnent ?
Bonne soirée,
Nathalie
le 31 mars 2009 à 11:00:
Sur le site Mes courses pour la planète, on apprend que “les hypermarchés se préparent à l’ère de l’après-voiture” : http://www.mescoursespourlaplanete.com/Actualites/Les_hypermarchaes_se_praeparent_aa_l_aere_de_l_apraes_voiture____494.html
Une bonne nouvelle, peut-être, pour l’essor du covoiturage et autres initiatives ?
Une moins bonne, sans doute, pour le développement des commerces de proximité.
le 20 avril 2009 à 20:06:
Bonjour,
Ce message -trop négatif- n’est pas destiné à être publié (vous pouvez le lire quand même!)
Voilà:
de Paris centre, j’ai travaillé un an en grande banlieue
Aller simple: 18 km bus (au pluriel et à essence) + train
Total de l’année écoulée: plus de 100 000 km
Vous me direz, j’ai pas une Porsche, c’est déjà ça; mais comme je parle à un lecteur averti, je n’ai pas besoin de quantifier le gachis énergétique que celà représente – ou en tonnes de CO2 si vous le souhaitez.
Une exception? 15% des salariés d’Ile-de-France passent plus de 3 heures/jour dans les trajets domicile-travail
20% (ou plus) ” ” ” ” ” passent entre 2 entre deux heures et trois heures ” ”
Mais qu’est-ce donc ce plaisir à dépenser de l’argent et à perdre son temps dans ces trajets bidons?
Eh bien – que celà ne vous effraie pas – le problème est l’affectation de la main d’oeuvre au lieu de travail. Ce sujet est tabou – sauf peut-être pour votre site internet – parce que l’on touche à une question sensible: la gestion du patrimoine immobilier qui ne dépend que de la bonne volonté des bailleurs – privés et entreprenariaux la plupart – qui touche une sphère sociétale manifestement trés puissante.
Ceci est une proposition de sujet; je ne crois pas que je vais tomber sur un lecteur multi rentier mais l’écolgie, si elle se veut populaire, ferait bien de parler de ce genre de problèmes cruciaux (que je ne dévellope pas, je ne vois pas pourquoi je serai le premier à avoir le sujet de l’immobilier censuré, sous ptétexte pour vous d’une neutralité qui donne à l’écologie toute son impuissance en refusant les débats de fond – et le pire c’est qu’elle s’en plaint)
Cordialement
PS: j’ai eu votre référence par une “rédactrice” d’info-écolo; qu’elle s’abstienne de me recontacter pour des histoires de covoiturages, vélos et Cie si Info-écolo est incapable de poser cette question en débat clairement – j’ai vu les thèmes principaux, merci)
DELAPIERRE David, membre actif de la COCIPE et sur la platforme planète-attitude.
le 11 août 2009 à 13:29:
Pour revenir sur le fait que les françias utilisent moins leur voiture, j’aimerai vous apporter mon ressenti:
Je vois de plus en plus de cyclistes le week-end alors qu’il y a 2 ans on ne voyait que les sportifs.
De plus en plus autour de moi les gens prennent le train pour des moyens et longs trajets.
Même des accros à leur voiture empuntent les transports en commun pour se rendre en centre ville.
Et le long des plages on voit de plus en plus de vélos, remorques enfants et vélos pliants.
Il se passe quelques chose…si si!