Ecolo-Info
 Bristol, ville verte ?
De Brendan • 17 mars 2009 •
Catégorie: Créer/Bâtir

Un commentaire dans mon précédent billet pour écolo-info s’étonnait de retrouver Bristol dans la short-list des huit candidates au titre de capitale verte européenne. J’avais prévu de rédiger un billet sur Stockholm, puis un autre sur Hambourg, mais ce commentaire m’a finalement fait m’intéresser à Bristol, ville aussi peu dense que la ville de Torcy en Seine et Marne (3 599 hab./km²), mais 18 fois plus étendue. La ville de Bristol n’est donc pas un modèle en matière de densité urbaine. Quels sont donc ses atouts? Et finalement, la réalité est-elle si verte?

Britol, A Green Capital

D’après le rapport d’évaluation (pdf), les points forts de Bristol sont la qualité de l’air, la gestion des déchets, le management environnemental, leur proposition de programme de communication (à mettre en oeuvre en cas de victoire) et les espaces verts.

Les parcs et jardins de la Ville sont au nombre de 450 (ce qui représente 38 m² par habitant)! Ils sont très appréciés (25 millions de visites chaque année) et sont l’infrastructure de loisir la plus utilisée de la Ville. Les habitants participent d’ailleurs en partie à leur entretien au travers d’associations dédiées regroupées au sein du Bristol Parks Forum. La Ville a voté en 2008 un plan d’action pour la biodiversité ainsi qu’une stratégie parcs et espaces verts qui acte les priorités en terme de qualité d’espaces, mais aussi de proximité et de quantité.

Concernant le management environnemental, six directions sur les sept que comptent les services municipaux ont un système de gestion environnementale EMAS (Eco-Management and Audit Scheme) qui permet à la Ville de Bristol de produire un rapport annuel de l’environnement vérifié par un auditeur externe.

Le Bristol Partnership, structure qui rassemble les agences publiques, le secteur privé, le monde associatif, l’université et les représentants des quartiers, est à l’origine de la Green Capital Initiative qui affiche l’ambition de faire de Bristol “une ville faiblement carbonnée avec une grand qualité de vie“. Le slogan est simple. Bristol : a Green Capital. Cette mobilisation des acteurs locaux est vraiment importante si les villes veulent se donner les moyens d’affronter les crises climatiques, énergétiques et environnementales. Pour aider à atteindre cet objectif, les acteurs locaux sont invités à s’engager formellement sur trois points :

  • développer un plan d’action,
  • en assurer un suivi régulier et public,
  • travailler avec les autres pour faire une vraie différence.

En plus de la compétition européenne, la Ville de Bristol est également reconnue au niveau national. Elle a en effet été désignée première “cycling city” d’Angleterre par le gouvernement britannique qui lui a alloué 11,4 millions de livres sterling pour son plan qui vise à doubler le nombre de cyclistes en installant un système d’emprunt de vélo. Mais un auteur et cycliste de Bristol doute dans le Guardian, et le Green Bristol Blog dénonce le mauvais entretien des voies cyclables par les services municipaux et parle de problème culturel

Entre intentions, affichages et impatience…

La Ville de Bristol est également arrivée en tête du Sustainable Cities Index 2008 du Forum for the future. L’article du Guardian qui s’en est fait l’écho précise que cette première place est due notamment aux efforts en matière de recyclage et de compostage, mais que l’ensemble des habitants avec lesquels le Forum for the Future s’est entretenu se sont plaints des transports publics. Cette première place est qualifiée de ridicule sur un blog écolo local.

On retrouve des réactions d’incompréhension concernant la sélection de Bristol dans la short-list européenne dans les commentaires de plusieurs articles l’annonçant (ici, , et surtout dans celui du journal This is Bristol).

“This is surreal. Bristol are still planning to convert the much loved Railway Path into a bus route and are trying to urbanise as many green spaces as they can get away with. Carboot Circus with its massive 2,600 place car park and lack of cycle parking has cemented the dominance of the car in Bristol. Public transport is a joke and conditions for walking and cycling still decades behind what is taken for granted in other leading European cities. One wonders what this Green Capital nonsense can possibly be based on, other than a lot of self-serving hype.”

Un billet intitulé City of green syphilis, publié sur The Bristol Blogger, décrit une situation peu flatteuse (le système de transport public très cher et peu performant, le ramassage des ordures pas assez fréquent), liste les erreurs (la gare routière distante d’un mile de la gare ferroviaire) et les échecs (le projet de système de transport rapide).  Le commentaire le plus direct se trouve sur le même site en réaction à l’annonce de la sélection de Bristol dans la short-list :

“Shit. If this place is the greenest city in Europe we really are all doomed…”

C’est assez révélateur des difficultés que rencontrent les villes à faire leur révolution pour s’adapter aux défis du 21ème siècle, du décalage qui apparait entre d’un côté des intentions (peut-être), des affichages (sûrement), et de l’autre une réalité de béton et de pots d’échappement. Il y a bien sûr une temporalité des projets urbains qu’il n’est pas simple d’accélérer, mais aussi une culture de la voiture dont il peut être difficile de s’échapper. Mais ces témoignages révèlent aussi une impatience et une envie des habitants pour des villes réellement “vertes”. Ce désir est une opportunité incroyable car il se traduit en dynamiques locales.

Points forts et coup de coeur

Ainsi, de mon point de vue, le gros point fort de Bristol est son milieu associatif extrêmement impliqué avec notamment :

  • Plusieurs collectifs engagés POUR la protection des arbres d’alignement (Bristol Street Trees), ou CONTRE l’extension de l’aéroport de Bristol (No Bristol Airport Expansion) ;
  • La réalisation en 2006 d’une green map, une carte d’un quartier de la ville représentant les moyens d’être écolo au quotidien, distribuée gratuitement auprès des 4 200 foyers du quartier ;
  • Transition Bristol, collectif qui anime un réseau de quartiers en transition et dont l’objectif est de préparer la transition de la ville vers un territoire faiblement carboné (pour plus de précisions sur les transition towns, lire ce billet) ;
  • Ecojam.org, un portail qui recense l’ensemble des activités vertes, éthiques et locales à Bristol (annuaire, offres d’emploi, don d’objets (cf. freecycle), agenda, news, blogs, etc.), et qui accueille le…
  • Bristol Sustainability Network, un forum de discussion monté pour prolonger des cafés durables où “les problèmes qui comptent” étaient discutées en utilisant un format de world café. De 30 participants, ces sessions ont atteint la centaine de personnes. Une vision de Bristol comme ville durable en 2020 a été développée par les participants qui ont également précisé les étapes pratiques pour y parvenir. Cette vision a ensuite été adoptée par la Green Capital Initiative du Bristol Partnership.
  • (mise à jour) Bristol Food For Free a cartographié (certes de manière un peu austère) les plantes comestibles poussant sur l’espace public.

Mon coup de coeur n’est pas associatif, mais une initiative privée. Il s’agit du site bristolstreets.co.uk qui rend accessibles via une interface graphique soignée toutes les informations dont vous avez besoin pour vous déplacer dans la ville (horaires et parcours des lignes de bus, stations de taxi, autopartage, bornes vélo, parkings, horaires des trains, des ferry) et bien plus encore (annonces d’immobilier, localisation des hopitaux, carte de bruit, green map). A chaque fois qu’une lieu est indiqué, les lignes de bus à proximité sont automatiquement précisées. Dans l’espace consacré aux déplacements à vélo, les cyclistes déposent leurs commentaires sur la carte concernant leurs difficultés, les passages dangereux, mais aussi les rues calmes.

Bref, ce site est un vrai outil pour une meilleure appropriation de la ville par ses habitants et un excellent moyen pour la municipalité d’avoir un canal de retour d’information thématique. Je suis à la fois impressionné par la qualité du site et emballé par les perspectives que cela ouvre.

Voilà, ainsi s’achève ce rapide survol de Bristol comme candidate au titre de capitale verte européenne. Les limites de cette opération et le décalage avec la réalité vécue me sont apparues au fur et à mesure. Ce que je retiens surtout, c’est le dynamisme et l’envie qui transparaissent dans les quelques initiatives que j’ai pues repérer. Bristol n’est sans doute pas capitale verte européenne, mais elle a le potentiel de ses habitants!

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3 Réponses »

  1. 4 commentaires :
    - whaou, j’inspire des articles sur ecolo-info, je suis tout ému, c’est un peu un rêve d’enfant qui se réalise.
    - j’avais réagi en fonction de mon vécu sur place (2005) avant de consulter tout le dossier
    - j’ai depuis lu le rapport, les associations je ne les connaissais pas, les initiatives sont pour une bonne partie très récente, ça change la donne par rapport à ce que j’y avais vu
    - les transports étaient effectivement plutôt chers

    Et une anecdote : j’ai pris un taxi une fois pour franchir LE mile qui sépare la gare routière de la gare ferroviaire (il pleuvait des cordes anglaises, j’étais surchargé et crevé et je suis dépourvu de tout sens de l’orientation, surtout de nuit). Le pire c’est que les chauffeurs font très fréquemment ce trajet.

  2. Salut,

    J’habite Bristol et je te félicite pour ton article qui fait bien le tour de la question. C’est incroyable que tu as pu trouver autant d’info! En effet la culture de l’automobile freine beaucoup les progrès et les automobilistes s’accrochent à leur petit pouvoir en prenant trop souvent les cyclistes en quantité negligeable.

    En fait les transports sont chers pour 1 raison : Les Conservateurs (Tories) ont décidés de privatiser les transports dans tout le Royaume-Uni (sauf Londres) dans les années 90 mais on arrive à un système de monopole de compagnies privées un peu partout dans le pays. A Bristol c’est First qui fixe plus ou moins les prix qu’ils veulent car les gens qui n’ont pas de moyen de tranport privé (voiture, vélo…) n’ont pas d’autre altenative! Pour rappel, John Major avait privatisé pour le bien supposé des consomateurs car la concurence allait permettre une baisse des prix et un meilleur service selon le discours officiel de l’époque!
    On sait que le gouvernement français parle de faire la meme chose, il faudra etre vigilant!

    En effet, Bristol Street peut etre imité (et perfectionné ) ailleurs, avis aux webmestres. Il y avait aussi une initiative qui proposait de faire des “tandems” virtuels: 1 cycliste experimenté prendrait sous son aile 1 cycliste débutant qui font a peu près le meme parcours logis-travail. Cela ne sait jamais étendu a ma connaissance mais, depuis, il y a au moins une associtaion qui donne des “formations” pour apprendre à se déplacer à vélo en ville en toute sécurité. Les cours sont donnés par des cyclistes au long cours et beaucoup de personnes sont pret a payer pour les suivre.

    Bon courage à ceux qui voudraient suivre ces exemples.
    Désolé, pour ma syntaxe, il y a certain accent que je ne peux pas faire avec un clavier QWERTY!

  3. [...] Suite à lire à: Brendan  Ecolo Info, 17/03/09 [...]

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