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Matière grise pour évolution verte

Société » Economie

Inventer une nouvelle économie de la diffusion


Le 14 mars 2009 | Par

Isabelle

Ses articles

L’examen du projet de loi “création et internet”, plus largement dénommé “loi Hadopi” a débuté  cette semaine à l’Assemblée Nationale, puis a été reporté à la fin du mois après deux jours de débat. Si on résume son objectif en deux mots: éviter le piratage des oeuvres sur Internet et l’érosion de la production culturelle, qui s’étiolerait faute de rémunération de son travail.

Mon homme est un passionné du sujet, et moi, je suis un auteur. Autant vous dire que les discussions sont longues! J’ai bien sûr besoin que mes productions intellectuelles soient rémunérées pour pouvoir continuer à en produire parce que j’ai un loyer, je dois manger etc. Dans le même temps, on ne peut pas vraiment dire que le fonctionnement actuel soit très favorable aux auteurs.

Auteur, ça paye combien ?

Si j’écris un livre de texte, je touche 8 à 12 % sur les ventes de mon livre. Pour les livres photos, le droit d’auteur est à 5 % environ et si on écrit des textes pour un livre photo, c’est qu’on n’a vraiment pas comme objectif de devenir copain avec son banquier, car on tombe à 2% à peu près…

Si je permets à Amazon de vendre un livre -de qui il soit- grâce à un lien sur mon site, Amazon me rémunère de 5%.

Je me demande à quoi il vaut mieux que je consacre mon temps : à essayer de fournir de la production intellectuelle ou à dégager ce temps pour me faire un beau site librairie et vivre d’Amazon !

…ça dépend du media où vous publiez

Je continue. Il y a auteurs et auteurs. Vous vous échinez par exemple à faire une enquête que vous publiez en livre, documentation, croisement des sources, écriture… Je ne vous fais pas le bla bla du temps que cela prend, vous touchez donc 10 % en moyenne, vous pouvez espérer 12 s’il y a retirage ou au delà d’un certain nombre d’exemplaires.

Maintenant, vous travaillez pour un programme télé et vous faites un sujet. Vous achetez pour 18 euros l’enquête précédente, et vous allez interviewer vous même les sources dites, vous filmez les trois paysages qui vont avec le sujet… et vous faites un docu qui passe à la télé. Là c’est pactole. Quand un livre fait en moyenne trois mille exemplaires, une petite audience à la télé, c’est des dizaines, des centaines de milliers de personnes (1% c’est déjà environ 100 000 personnes à 21h). Et là vous touchez des droits audiovisuels qui sont assez confortables. En tous cas bien plus que l’auteur du livre écrit qui a fait quelques milliers d’exemplaires. Pourtant, c’est bien lui la source initiale. Evidemment, tout les reportages ne se passent pas comme cela, mais il y en a.

Je tiens à être claire: ce ne sont pas les droits audiovisuels le problème, c’est la disparité entre la rémunération des auteurs selon les supports. Bref, c’est le système qui est déjà en place.

Alors un système à défendre coûte que coûte ? Non… Le système actuel serait aussi à refonder.

Maintenant que tout cela est dit, revenons au sujet principal : Internet est il un danger à la création culturelle?

La diffusion est la vocation d’une oeuvre

Internet est un puissant outil de diffusion. Quand un auteur crée une oeuvre, quand un producteur met tous les moyens pour qu’elle voit le jour, n’est ce pas pour être diffusée ? Si je suis lue par 100 000 lecteurs, ne suis-je pas plus contente qu’à 1000 ?

Aujourd’hui, les systèmes proposés, même déjà existants, comme les protections à la copie (exemple des DRM) sont un obstacle à la diffusion. Ils vont donc à l’encontre de la vocation d’une oeuvre intellectuelle.

La loi Hadopi enfonce le clou. Sur le volet de la diffusion, elle comme les systèmes de protection, est donc en inadéquation totale avec le sujet qu’elle souhaite réglementer.

Embrasser l’Internet

Mais quand je discute en ce moment avec des producteurs, des musiciens, le sujet est tellement sensible qu’on oublie de parler de la diffusion.

Parce qu’en effet, la question des moyens est essentielle: si je suis payée pour 1000 diffusions mais pas pour 100 000, j’ai beau être contente d’avoir tant de succès, je ne serai bientôt plus lue du tout car je vais devoir faire autre chose.

Au lieu de se cramponner sur le système existant et vouloir limiter la diffusion sur Internet, je me demande si au contraire les boîtes de production ne devraient pas embrasser Internet. On ne va pas contre une évolution technologique. Surtout quand elle est si puissante. Nous avons une chance unique: nous vivons l’arrivée d’un nouveau média, dont il me semble que la seule comparaison qui puisse lui être soutenue est l’apparition de l’imprimerie. Nous avons des réflexes centralisateurs alors qu’Internet a été créé pour être décentralisé. C’est dans son essence: quand l’armée américaine l’a conçu, elle voulait un mode de communication qui ne puisse être jamais être coupée en un point. Nous n’irons pas contre Internet. Nous devons l’épouser.

Dans la diffusion video, la lecture d’une bande passante -sur Youtube par exemple- est extrêmement coûteuse pour qui possède le serveur. En d’autres terme, la centralisation coûte cher sur Internet. Le système de téléchargement peer to peer, celui-là même qu’utilisent “les pirates” a au contraire un coût tout à fait modique : il épouse la technologie de l’Internet, en utilisant comme voie du téléchargement toutes les routes qui s’offrent à lui entre les ordinateurs qui ont ce système. Chaque utilisateur partage un morceau du réseau, et donc de sa bande passante et de son disque dur.

Le système peer to peer est donc une technologie fabuleuse.

Une boîte de production ne pourrait-elle pas ouvrir ses oeuvres à un système peer to peer qu’elle contrôlerait et en contrepartie d’un abonnement ? Mieux, les boîtes de productions ne pourraient-elles pas s’associer pour ouvrir leurs oeuvres à un système peer to peer commun ? La répartition des droits serait alors simple : elle reprendrait les modèles existants, c’est à dire la rétribution des auteurs selon l’audience. Or si Internet a un avantage technique sur ce point, c’est bien le comptage de l’audience, autrement plus précis que la mesure audimat de l’audience télévisuelle !

Avec un système vaste de peer to peer par abonnement, et une réglementation efficace sur les contrevenants qui diffusent hors de ce système, le piratage ne s’étiolerait-il pas de lui-même ? Ainsi que les systèmes aberrants de protection par DRM qui finissent par empêcher l’acheteur d’une oeuvre de la lire sur les technologies dont il dispose (lecteur DVD ordinateur, Iphone et autres…) alors même que l’intérêt de ces technologies est dans leur possible synchronisation ?

Je ne connais pas en détail tous les canaux de rétribution actuels de la production d’une oeuvre. Je ne connais pas très bien les systèmes du piratage Internet. Mais il me semble que nous avons, nous les producteurs culturels, un formidable outil devant nous, qui répond parfaitement à notre vocation. Un outil dont nous pouvons vivre, si nous nous associons pour en trouver les moyens.

++ Liens ++


Un commentaire à “Inventer une nouvelle économie de la diffusion”

  1. walkmindz says:

    Redéfinition :

    Le mot création est l’une de ces prétentions consanguines qui n’a de sens que dans les livres.La création traduit et matérialise le besoin enfantin d’existence dans le regard de l’autre qui obsède les gens sains. Car les fous, eux, ont la modestie et l’honnêteté de ne pas faire état ni commerce de leur soi-disant découvertes ex-nihilo.

    Internet n’est qu’une technique de langage sophistiquée de plus qui, en promulguant la liberté extrême, a permis de définir les limites des utilisateurs et d’institutionnaliser l’autocensure comme outil démocratique.
    La dictature de l’instantanéité voudrait nous faire croire que nous sommes en pleine révolution, mais tout au plus il s’agit d’une vulgaire révision mécanique des 4,7 milliards d’années.

    Les insultes ou jeux de l’esprit sont, quant à eux, gratuits lors de leur formulation confidentielle et payants a posteriori, via la diffusion de masse.Puisque la civilisation est l’objet de maîtrise sociale le plus high-tech, les lois qu’elle engendre ne tolèrent pas ce qui sort de son cadre mais elles pardonnent parfois pour le bon fonctionnement du système de refroidissement culturel.
    la suite ici :
    http://souklaye.wordpress.com/2009/03/13/creation-internet-et-insultes-gratuites/

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