Elle est partout. Mais alors vraiment partout en ce moment! Même les Inrocks s’en mêlent, avec Olivier Besancenot en couverture et un article de deux pages consacré au sujet et intitulé “Crise et écologie, le bal des hypocrites“. Bon, un écolo n’y apprendra rien de nouveau, mais l’article met quand même les pieds dans le plat et on y trouve de quoi lancer le débat autour de la table le soir en famille:-) Ben oui, vous êtes plutôt tendance Croissance Verte et Green New Deal, plutôt tendance Fin du Capitalisme ou encore Décroissance?
Au-delà de la question posée du changement de système, après le reportage très remarqué de France 3 hier soir sur les déchets nucléaires, l’encart pose aussi la question de l’EPR…


Je vous l’ai dit, de quoi avoir un bon petit débat à la maison ou avec des amis ce week end:-)
Pour entrer plus en profondeur et dans le vif du sujet, je vous recommande vivement le dernier numéro de Courrier International (je l’ai dévoré en 20 minutes chrono!): le dossier central s’intitule “merci la crise” et son contenu, une fois encore, évoque de manière complète l’ensemble des enjeux actuels!
On y apprend que les Britanniques ont acheté 21 % de voitures de moins qu’en décembre 2007, qu’ils ont consommé beaucoup moins d’eau minérale et de champagne, et réduit leurs achats de vêtements pour la quatorzième fois en quinze mois. Les commerces qui tirent leur épingle du jeu sont les cordonniers, les prêteurs sur gages et les magasins discount … Il paraît même que “dans des villes comme Warwick, les demandes d’attribution de parcelles de jardins familiaux – où les particuliers peuvent cultiver leurs fruits et légumes moyennant une redevance modique – ont doublé en 2008. Sur le site britannique de la librairie en ligne Amazon, les meilleures ventes ont pour titre The Thrift Book [Le livre de la vie économe], Food for Free [Manger pour rien] et The Penguin Handbook of Keeping Poultry and Rabbits on Scraps [Le guide Penguin de l’élevage des volailles et des lapins avec des restes]“.
D’après les journalistes Stefan Theil, avec William Underhill et Sophie Grove dont l’article (“Une nouvelle ère de frugalité s’annonce“) de Newsweek est traduit:
“Il est naturel d’adopter un mode de vie économe quand les temps sont durs et que l’on craint pour son emploi. Mais, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans d’autres pays, comme l’Espagne et l’Irlande, où l’activité est tirée par la consommation, cette tendance semble annoncer un changement bien plus profond : la fin d’un mode de vie fondé sur une consommation effrénée, alimentée par le crédit facile et l’effet de richesse induit par une valorisation constante des actifs [immobilier et portefeuilles d’actions]. D’ores et déjà, les Américains, naguère si dépensiers, ont relevé leur taux d’épargne personnelle de quasiment zéro – niveau aux alentours duquel il tournait depuis des années – à presque 3 % en novembre. Il devrait prochainement atteindre au moins 8 %, du jamais-vu depuis vingt ans, prévoit David Rosenberg, le chef économiste de la banque Merrill Lynch. A l’image des banques, surendettées et sous-capitalisées, poursuit Rosenberg, les ménages assainissent leur situation en dépensant moins, en épargnant plus et en remboursant leurs dettes. Et, comme dans le secteur financier, cela ressemble de moins en moins à des ajustements temporaires et de plus en plus à un changement d’habitudes durable“.
Autre extrait, d’un article de Benjamin R. Barber (Professeur de sciences politiques à l’université du Maryland) paru dans The Nation (“Vite, changeons de mentalité!“)
“Il y a dans l’Histoire des moments épiques, souvent provoqués par des catastrophes, qui permettent des changements culturels fondamentaux. La guerre de Sécession n’a pas seulement mis fin à l’esclavage, elle a également ressoudé un pays blessé, ouvert l’Ouest [du pays] et encouragé les investissements, donnant ainsi naissance à la nation américaine moderne. La Grande Dépression a légitimé une expansion radicale de l’interventionnisme démocratique ; mais, plus important encore, elle a fait prendre conscience aux Américains à quel point l’égalité et la justice sociale (enterrées par un premier siècle de capitalisme) étaient essentielles à la survie des Etats-Unis en tant que démocratie.
Nous sommes à l’un de ces tournants. Grâce à la conjonction de l’élection d’Obama et de l’effondrement du crédit mondial, des changements radicaux deviennent possibles. Mais nous aurons besoin du leadership du nouveau président pour transformer le désastre économique en opportunité culturelle et démocratique. Il faut une révolution des mentalités. Le président y est-il prêt ? Et nous-mêmes ?”
Enfin, dernier article avant que je ne vous envoie acheter illico le dernier Courrier International: c’est Leo Hickman (auteur du livre A Life Stripped Bare. My Year Trying to Live Ethically [Une vie toute simple - Mon année éthique]) qui parle, dans un article paru dans L’Espresso (“Vous aussi devenez Frugalista“):
“La consommation à outrance est au cœur de ces deux problèmes. Le mode de vie occidental nous impose de vivre au-dessus de nos moyens, qu’il s’agisse des ressources écologiques ou, comme nous le réalisons à présent, des ressources financières. Nous mangeons trop. Nous achetons trop de choses que nous finissons par jeter à la poubelle. Nous utilisons trop de carburant. Nous empruntons trop d’argent. En d’autres termes, nous vivons au jour le jour sans nous préoccuper de l’avenir. Cette approche de la vie nous a procuré beaucoup de plaisirs, mais nous sommes désormais contraints de nous réveiller et de faire face à une énorme gueule de bois après cette longue fête.
Je suis allé en Italie pour rencontrer Carlo Petrini, fondateur de Slow Food [mouvement “écolo-gastronomique”, lancé à Rome en 1986], au Salon international du goût, à Turin. Je lui ai demandé s’il pensait que les problèmes économiques actuels constituaient une menace ou une chance. “Les deux”, a-t-il répondu, mais il semblait plutôt pencher vers l’optimisme. “Nous pourrions nous libérer de cette économie sauvage et fausse, explique-t-il. Il faut retourner à une économie vraie. Nous sommes nombreux à avoir perdu cette capacité à apprécier la valeur des choses qui nous entourent.”
(…) Cependant, la principale leçon à retenir dans cette vie de frugalista, c’est de ne pas stresser en voulant être trop perfectionniste. Bien sûr, on peut toujours faire plus, mais nous vivons dans un monde où le temps et l’argent sont comptés et il nous faut donc être réalistes. Ma philosophie se résume ainsi : mieux vaut tenter des choses et faire partie de la solution que de continuer à faire partie du problème. Vous connaîtrez des échecs, mais au moins vous aurez essayé.”
Allez, quelques citations pour la route aussi…;-) Car la crise économique a fait prendre conscience aux gens que leurs capacités de survie étaient insuffisantes…
“La clé d’un mode de vie frugal, c’est de connaître la différence entre ce dont on a besoin et ce dont on a envie”, Ilona Richards dans l’article de Sarah Freeman (“Econome mais pas radine“) du Yorkshire Post.
“Les crises, comme les maladies, n’arrivent pas sans raison. Sans doute la véritable origine de la crise financière est-elle cette crise de confiance entre les gens. Il est temps de s’y attaquer au lieu de chercher à en traiter les conséquences“. Andreï Arkhanguelski, Vzgliad. (article “Pourquoi ne pas faire confiance aux autres?“)
Vous l’aurez compris, il me semble que nous vivons une époque formidable! Difficile mais formidable car nous avons un univers de possibles devant nous: il suffit de bien vouloir faire l’effort et comprendre où se situent vraiment les enjeux! C’est compliqué, mais une fois que cela est compris, impossible de faire marche arrière:-)
A noter avant de vous laisser débattre: Terra Economica va bientôt devenir Terra (tout court) et sera vendu en kiosque!:-) Vous pouvez allez voir par ici le making off de cette belle mutation!
++ Liens ++
- Site du Courrier International (abonnement internet 5 euros par mois!)
- Les Inrocks
- Terra Economica

Une crise bénéfique!?















le 13 février 2009 à 10:59:
miaoooow
:-)
le 13 février 2009 à 13:50:
“Certes nous vivons une crise sans précédent sur le “marché de la consommation”; mais nous sommes aussi les témoins de l’essor d’un “marché de l’économie” inexploité. Ce dernier est un vivier d’emplois et de revenus pour les entreprises qui vont s’y positionner . Il y a pénurie de services et de produits permettant de rationaliser et réduire la consommation des entreprises et des particuliers.”
http://vertes-et-mures.blogspot.com/2009/02/un-marche-de-la-consommation-en-crise.html
Il n’y a qu’à voir les listes d’attente pour obtenir certains produits et service du “marché de l’économie” ou la difficulté pour les trouver et les essayer…
merci pour la revue de presse anne’so.
le 13 février 2009 à 14:21:
Merci Anoushka pour ton commentaire, j’ai lu ton billet l’autre jour et j’avoue ne pas comprendre le terme “marché de l’économie”… Est-ce “économie inexploitée” qu’il faut lire? Et donc “marché de l’économie inexploitée”…? Ou est-ce un jeu de mot “économie de marché” vs “marché de l’économie”… que l’on pourrait alors placer à côté d’un “marché du social”, d’un “marché de la solidarité”, etc… Ce que je comprends bien, mais je n’arrive pas à saisir le sens vraiment… (je sais, je suis blonde… mais bon, je fais des efforts;-)
Je retiens simplement qu’il est temps que l’économie retrouve ses vraies valeurs…
le 13 février 2009 à 16:34:
Tant que j’y suis aussi, je vous conseille de lire l’article du Monde de ce soir intitulé: “faut-il relancer la consommation?”…
“Les économistes de tous bords, libéraux comme keynésiens, sont de plus en plus nombreux à penser que le salut de l’économie mondiale passe par une relance massive de la consommation. L’influent éditorialiste du Financial Times Martin Wolf recommande ” de tout faire pour inverser l’effondrement actuel de la demande plutôt que de s’attacher à réformer l’architecture mondiale “, d’y consacrer ” des moyens écrasants “. ” Le temps est venu de lancer une opération “choc et stupeur” “, estime-t-il.
Cette analyse part du constat que les autres outils utilisés pour redynamiser l’économie ne répondent pas à l’urgence de la situation. C’est notamment le cas de l’arme monétaire. (…)
Les économistes estiment aussi que ce n’est plus, aujourd’hui, la crise bancaire et du crédit qui est au coeur des difficultés actuelles, mais bien l’effondrement de l’économie réelle, avec la baisse simultanée de la consommation, de la production industrielle et des échanges commerciaux internationaux. C’est là qu’il faut agir. Favoriser, par exemple, l’achat d’automobiles permettrait aux constructeurs de remplir leurs carnets de commandes, donc de refaire tourner à plein régime leurs usines, de stopper le chômage technique et d’arrêter les licenciements. Et de redonner, par ricochet, du travail à tous les équipementiers.
Grâce au consommateur, pourrait ainsi s’enclencher un cercle vertueux. Stimuler la consommation dans les pays occidentaux serait aussi un moyen de redynamiser, par les exportations, l’économie de la Chine, atelier du monde, et de lui éviter le chaos social que certains lui promettent.
” Il faut aller vite, mettre fin à l’angoisse des consommateurs. S’ils pensent que la crise va durer, ils vont paniquer et la récession se transformera en dépression “, estime Romain Rancière, professeur à l’école d’économie de Paris, en poste à Washington.”
Voilà des analyses d’économistes qui n’ont toujours pas envie de réfléchir avec leur temps… non?;-)
le 13 février 2009 à 18:57:
Dans l’ordre:
économie capitaliste
CROISSANCE MOLLE
=>
développement durable
+ greenwashing
CRISE ECONOMIQUE
=>option 1
capitalisme moral
croissance propre
innovation verte
(“Tout changer pour que rien ne change…”)
=>option 2
DECROISSANCE
plus de liens moins de biens
… et pourquoi pas même “sortir de l’économie…”
Mais bon chaque chose en son temps n’est-ce pas !
“C’est notamment le cas de l’arme monétaire.”
Très belle métaphore guerrière…
Que du bonheur aussi dans cette citation:
“Le problème est de savoir comment déclencher chez les ménages l’envie de consommer à nouveau. Ils sont, aujourd’hui, paralysés par l’avenir, par la peur de perdre leur emploi et leurs revenus.
L’idée serait donc que les Etats “subventionnent” directement leur consommation. C’est ce qu’ont fait récemment les autorités taïwanaises en distribuant à 23 millions de citoyens des coupons de 3 600 dollars taïwanais (80 euros) – le président, Ma Ying-jeou, ayant lui-même donné l’exemple en faisant son shopping devant les caméras de télévision”
Désolé mais moi ca me fait tellement rire cette religion de la consommation. Les Etats (endettés) qui distribuent des coupons aux ménages (endettés) pour qu’ils achètent des choses dont ils n’ont pas besoins à des entreprises (endettées).
Ah ce Pierre-Antoine Delhommais saura éternellement me faire rire tant il est caricatural. On vit une époque formidable Anne-So, ca tu l’as dit !
le 14 février 2009 à 22:13:
Cette crise était prévisible ,mais peut-être pas son ampleur . Toujours est-il que tous les analystes financiers ,prompts a se précipiter vers la moindre caméra n’ont rien vu venir . Ne parlons pas des banquiers et autres traders .
Il y a 30 ans seuls ,M. Rocard ,mais aussi J Delors nous avaient prévenus :Nous allons dans le mur . Il ya 30 fois plus de monnaie en circulation dans le monde que de valeur de production indutrielle ,commerciale ou agricole . Aujourd’hui ,nous y sommes dans le mur . Et nous voyons ,un peu, ce qu’il y a derriére le mur : Un GOUFFRE IMMENSE dans lequel le monde entier risque ,je dis bien risque, de se voir précipité , car tous ceux qui nous y ont conduits ne savent plus que faire . Nous ne les entendons plus . Où sont-ils donc ?
le 15 février 2009 à 19:31:
Toute crise peut être bénéfique à condition de vouloir changer :)
A l’image d’une crise cardiaque… soit on fait un effort dans son alimentation, ses activités physiques… soit on ne fait rien…
le 16 février 2009 à 7:30:
Tout le monde parle de crise …
:)))
Moi lors de ma crise d’adolescence je percevait pas ma propre crise …
Alors que d’autre la constatait :)))
Alors laissez le monde ultra-capitaliste se prendre son premier bon gros rateau :)
Ethocom :)
le 16 février 2009 à 14:59:
Merci Anne-sophie, je suis particulièrement sensible au petit encart des inrocks sur l’EPR. Je pense que le débat sur le nucléaire va émerger à son tour (après celui sur les OGM).
Et pour ceux que la question “nucléaire et cancer” intéresse :
http://www.gandhivert.fr/carte-des-centrales-nucleaires-et-des-cancers-en-france-une-etrange-coincidence-652.html
Merci encore et à bientôt !
le 16 février 2009 à 16:21:
@Anne so : Merci merci
le 18 février 2009 à 14:34:
[...] Source : Ecolo Info Une crise bénéfique!? [...]
le 24 février 2009 à 2:01:
Roh j’ai même plus le temps de lire les articles EcoloInfo … zut bon je finis l’article de demain et je me plonge dans ecoloinfo.com