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Matière grise pour évolution verte

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Système d’exploitation “Capitalisme 21.9″ cherche solution de débogage – ACT’Sense #37


Le 12 janvier 2009 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

La semaine dernière, cet article d’American Ecolo sur Rue 89 a fait grand bruit sur la toile. Son auteure, Hélène Crié-Wiesner, fait la revue de deux livres sortis récemment, l’un aux Etats-Unis, l’autre en France. Ces ouvrages ont pour point commun de prêcher une sortie du capitalisme pour sauver la planète. Le billet s’intitule « Ecologie : pour sauver la planète, les petits gestes ne suffisent pas« . Alors forcément, il y a de quoi bousculer un peu les âmes sensibles…

Je n’ai pas lu les deux livres dont elle parle, mais je me suis empressée samedi matin d’aller acheter l’un des deux, i.e. celui d’Hervé Kempf, journaliste dont les exemples et les argumentations sont toujours, à mon sens, brillantes, et dont j’attendais la sortie avec impatience! Naturellement je n’ai pu m’empêcher de  le commencer tant j’avais apprécié son premier opus (Comment les riches détruisent la planète). Et j’avoue être parfaitement en accord avec lui lorsqu’il affirme que “ce qui fera pencher la balance, c’est la force et la vitesse avec lesquelles nous saurons retrouver l’exigence de la solidarité“ (n’était-ce pas le sujet de notre ACT’sense la semaine dernière d’ailleurs?;-)

Voyons donc plus en détails quelques pistes de solutions qui pourraient être envisagées pour changer certains logiciels de raisonnement…

Des petits gestes… trop petits?

Je ne vais pas refaire une revue du livre et donc comme le souligne si bien notre amie Hélène Crié-Wiesner,

Pour Kempf, les fameuses technologies vertes dont on nous rebat les oreilles, nous promettant grâce à elles le retour de la croissance (verte, la croissance!), sont plus dangereuses qu’utiles à la bonne santé de la planète.

Non pas intrinsèquement (c’est toujours mieux de produire de l’électricité avec du vent qu’avec du charbon), mais parce que pour Areva, Suez, EDF, Endesa, E.ON, Enel, etc., il n’y a aucun changement de modèle énergétique en jeu, seulement une opportunité à saisir dans la compétition en cours entre grands producteurs. Le mot d’ordre reste: produire ». (…)

Kempf massacre la « bien-pensance écologique, nichée dans les détails« , qui a contaminé les plus fervents écolos:

« Tous les guides expliquant comment vivre en ‘vert’ se situent du point de vue de l’individu, jamais du collectif. (…) ‘Je me préserve des grosses chaleurs’, ‘je réutilise mes objets’, ‘je refuse les traitements chimiques’, ‘je démarre en douceur’, etc…

Etre consom’acteur, chez Nature et Découvertes, invite à ‘consommer engagé’, puisque ‘consommer = voter’, et range les actions entre ‘ma cuisine’, ‘ma trousse de toilette’, ‘mon garage’, ‘mon atelier’… EDF, dans son guide ‘E = moins de CO2’, range l’univers entre ‘ma planète’ et ‘ma maison’. (…)

Dans le paradis capitaliste, il suffit que nous fassions ‘les bons gestes pour la planète’, et ‘les politiques et les industriels suivront’. »

Et oui, c’est vrai, beaucoup d’écolos commencent à se lasser la la fameuse croissance verte, et comme le disait mon amie Juliette l’autre jour « Bin oui! A quoi cela sert-il de continuer à produire, même « écolo ». Qu’avons-nous besoin de la lampe N&D qui « imite l’aube » pour nous lever le matin ? Quel utilité ont tous ces objets ? Nos sociétés développent ce qui valorise l’individu et rien d’autre. Or nous sommes bientôt 9 milliards de tels individus sur la planète !…. Ca servira à quoi 9 milliards de lampes qui imitent l’aube ?… »

Mmm… Jamais contents ces écolos…;-)

Si je peux me permettre une remarque, ainsi que le disait le philosophe Edmun Burke, « personne ne fait une plus grosse erreur que celui qui ne fait rien car il pense pouvoir n’en faire trop peu« … Ce ne sont pas tant « les petits gestes qui ne suffisent pas » ainsi que le formule American Ecolo, mais plutôt les objets de consommation verte dont on ne cesse de nous faire la promotion… et qui nous font croire que c’est ça, l’écologie… non?

Les Green Tech: une solution au bug?

Actuellement, les discours de sortie de crise sont plein d’espoir envers l’écologie: elle permet d’investir massivement dans de nouvelles technologies vertes. A ce sujet d’ailleurs, je vous ai déjà parlé il y a peu du dernier livre d’Eloi Laurent et Jean-Paul Fitoussi. Les économistes traditionnels ont du mal à sortir du cadre keynésien de relance pour envisager des solutions à la crise actuelle, et s’ils parlent des Green Tech… ils ne parlent que de ça!

Or si les Green Tech sont une solution à court et moyen terme, elles ne seront pas une solution à long terme, c’est certain. D’autant que chaque avancée technologique, aussi écolo soit-elle, est susceptible de réveler, si elle est conçue un peu rapidement et sans réelle cohérence, de petits inconvénient lors de sa mise en place à grande échelle (cf. pour les panneaux solaires par exemple, ou pour l’exploitation des mines de fer ou d’uranium… les agro-carburants, etc).

Le problème avec cette vision des choses est qu’elle laisse une fois de plus sa toute puissance aux technologies, seules capables de nous sauver dirait-on… « l’avenir n’est pourtant pas dans la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales » nous explique Herve Kempf.

« Shrinking » par McCann Erickson Budapest pour Greenpeace

Les nouveaux logiciels s’appellent « économie de marché régulée », « solidarité », « simplicité volontaire », « sobriété heureuse », « richesse collective »

Les mots « solidaire », « simplicité volontaire » ou « sobriété heureuse » sont de plus en plus en vogue par les temps qui courent. Le mot « décroissance » aussi peut être, quoique trop « gros mot » pour certains… tant la notion fait peur et recouvre une notion galvaudée en ces temps de crise…

Mais comme le dit Hervé Kempf, lorsque l’on dit « sortir du capitalisme », on ne dit pas « sortir de l’économie de marché. Il est nécessaire que « l’économie ne soit plus axée sur l’accumulation privative des ressources« : cette économie gérera les biens communs essentiels, « qui ne seront pas gérés comme des marchandises ». Pour le reste, le prix des biens et services « pourra être modulé conventionnellement afin d’y inclure l’impact environnemental de la consommation et le souci de justice sociale« . La tarification pourra donc être progressive selon le volume (le prix de l’eau serait modulé par exemple en fonction de l’usage de base indispensable au quotidien – prix bas – puis se renchérir avec l’usage – prix haut lorsqu’il s’agit de laver sa voiture ou remplir sa piscine): en somme, « il s’agit d’inverser le principe actuel selon lequel plus on consomme, moins on paye à l’unité« .

Pensez aussi que nous pourrions d’avantage payer pour un service partagé que pour un bien possédé (pensez au système des vélos partagés ou de l’auto-partage): « la modernité est dorénavant plus dans l’intelligence de la relation sociale organisée autour de l’objet que dans l’objet lui-même« .

Hervé Kempf en appelle aussi au courage de la lenteur: et gare à vous, car il ne s’agit pas ici de revendiquer un retour à l’âge de pierre, je vous vois venir, mais bien plutôt de comprendre que posséder moins ne signifie pas avoir moins d’existence! En prenant en main notre changement d’habitudes, « on ne considère plus l’économie comme la recherche d’une maximisation de production à la poursuite d’une demande inextinguible, mais comme celle d’une adéquation de la demande aux ressources« . Lorsque l’on déroule la bobine, il est alors possible de comprendre (pas forcément accepter) la baisse de la consommation matérielle en saisissant que la richesse collective restera importante et orientée vers des activités socialement utiles et à faible impact écologique. Inutile là aussi de revenir sur la réduction du temps de travail, indissociable de l’écologie sociale (question que les économistes de moule bien formaté sont incapables de prendre en compte aujourd’hui…)… alors il s’entend que le travail le dimanche, dans ces conditions…est plus qu’une abérration! Que penser aussi des échanges quelque peu tendus entre Paris et Marseille l’autre jour au sujet des chutes de neige…l’activité économique était bloquée certes, et alors: les gens n’étaient-ils pas heureux de s’amuser ainsi?

« Hand », Daehong Communications for Green Korea United

Sans parler des modèles de développement que l’on perpétue encore aujourd’hui, au nom de l’écologie même (je parlais de l’uranium et des minerais de fer tout à l’heure…). Sans évoquer les question de sécurité humaine et de paix non plus…

Alors comme le dit Fred Vargas en parlant de troisième révolution: « Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. »

Pour finir, repensons aussi nos indicateurs… Pour changer de logiciel,  inventons de nouveaux de programmes mieux à même de prendre en compte la réalité, ainsi que nous le propose Jo Stiglitz (prix nobel d’économie, auteur de nombreux ouvrages « alternatif » et en charge de réfléchir avec Sen et Fitoussi à de nouveaux indicateurs) dans la vidéo suivante (sous-titrée en français):

En somme, la planète et les humains ont besoin de très bons développeurs… n’est-il pas?;-)

++ Liens ++

Bonus:

Une citation du futur président des Etats-Unis, Obama, en 1996, alors qu’il n’était pas encore sénateur (source):

« Ma priorité est de ramener les valeurs publiques ou collectives au centre du débat, car nous formons tous une grande famille, au-delà des clivages de races ou de classes sociales, et nous avons des obligations et des responsabilités les uns envers les autres. C’est peut-être là que le public et le privé se rencontrent quand on en vient aux couples, aux relations, à la famille ou aux tribus. La priorité, c’est l’empathie, la conscience des responsabilités partagées, la capacité de vous mettre à la place de l’autre. »


6 commentaires à “Système d’exploitation “Capitalisme 21.9″ cherche solution de débogage – ACT’Sense #37”

  1. David dit :

    Hello!
    c’est nouveau ton blog inthemoodforgreen?

  2. Anne-sophie dit :

    Non pas vraiment;-)

  3. [...] Anne-Sophie lundi, j’ai moi aussi lu le billet d’Hélène Crié-Wiesner sur rue89 au sujet de “The [...]

  4. GANCILLE dit :

    1000 bravos pour cet article salutaire en ces temps troubles de croissance verte.
    Continue Anne-so!

  5. [...] Si nous allons jusqu’au bout de nos raisonnements, il apparaît de plus en plus évident que notre système capitaliste est totalement incompatible avec les solutions proposées pour sauver l’espèce humaine de l’auto-destruction. (A ce sujet, les livres et propos du journaliste Hervé Kempf sont très clairs, nous en avions parlé sur Ecolo-Info en janvier 2009) [...]

  6. ELISABETH dit :

    Tout cela m’a l’air tellement plein de pertinence et de cohérence,mais on avance peu dans cette voie !

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