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Matière grise pour évolution verte

Qu’est-ce que la médiation animale?


Le 18 décembre 2008 | Par

Anne-Sophie

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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...

Aujourd’hui j’ai le plaisir de vous présenter un joli projet lié à la médiation animale. Ce type de pratique n’est pas très connu et mérite pourtant d’être mis en avant tant les interactions de la relation homme-animal peuvent être positives pour les bénéficiaires de la médiation. C’est pourquoi nous avons demandé à Sandie Belair, fondatrice de l’association Résilienfance, à Bordeaux, de nous parler de sa démarche!

Bonjour Sandie! Alors, pouvez vous nous expliquer en quelques mots le projet Resilienfance?

Résilienfance est une association d’aide à l’enfance par la médiation animale. Nous proposons des Activités Associant l’Animal à des enfants ou des adolescents en mal-être ou issus de milieux défavorisés. Ces activités ont une vocation sociale, éducative ou thérapeutique en fonction des problématiques des bénéficiaires. Nous proposons également dans le cadre de l’accompagnement à la parentalité, des journées familles.

La médiation animale est la recherche des interactions positives issues de la mise en relation homme-animal. L’animal n’est pas « l’éducateur » ou « le thérapeute », il n’a jamais eu l’intention d’éduquer ou de soigner et c’est ce qui fait toute sa richesse. Il est le médiateur vivant de la relation intervenant et bénéficiaire.

Est-il facile de faire travailler les enfants et les animaux? C’est de l’organisation non?!

Le travail avec les enfants et les animaux n’est pas le plus difficile, c’est certainement le plus passionnant et le plus motivant. L’animal est un être qui ne juge pas, ne trahit pas et qui ne renvoie pas l’enfant à ses propres difficultés. Il est donc un partenaire idéal. Les enfants apprécient cette présence et se sentent en confiance; on observe des comportements très spontanés qui nous permettent de travailler sur les relations dites élémentaires (confiance, réciprocité, peur…).

Il faut bien entendu que les animaux utilisés aient un profil comportemental équilibré et stable. Ils sont correctement socialisés; ils bénéficient d’un suivi sanitaire et hygiénique. L’association est très vigilante au bien-être, au comportement et à la santé des animaux avec lesquels elle travaille. Ils ne doivent pas être considérés comme des objets mais comme des partenaires dont les particularités doivent être respectées. Les interventions sont organisées en fonction des limites comportementales et physiques de l’animal. Nous travaillons actuellement avec les ânes, poneys, chevaux et chiens.

A mon sens, le plus difficile concerne l’élaboration des projets et la mise en relation de tous nos partenaires. Et là, effectivement c’est une sacrée organisation et une bonne dose de sang froid auxquelles il faut ajouter de grandes capacités d’adaptation!!

Nous n’avons pas de lieu d’accueil précis, c’est d’ailleurs ce qui fait aussi notre spécificité. Pour les ateliers avec le chien, nous nous rendons sur la structure où se trouvent les enfants et pour les ateliers avec les chevaux ou les ânes,  nous allons dans des centres équestres partenaires ou des fermes municipales qui sont souvent au cœur des quartiers!

Le point positif : le psy est vu autrement !


Comment évaluez vous les résultats et les effets sur les enfants? Est-ce un travail de fond ou les effets sont-ils visibles rapidement?

Nous sommes aujourd’hui dans « une société de l’évaluation », et notre travail est également soumis à cette évaluation.

Les effets sont visibles plus ou moins rapidement en fonction des enfants. Chaque enfant est différent et il est difficile de généraliser.

Nous soulignons cependant à chaque fois la nécessité de mener des projets sur du long terme et de manière régulière (au moins chaque semaine sur une année scolaire) et non de façon ponctuelle. Notre travail n’est pas « une baguette magique » et il faut laisser le temps au temps. D’autant plus que pour obtenir des effets positifs, il faut que le lien d’attachement avec l’animal et les intervenants se soient instaurés. Ce lien va ainsi générer une sécurité affective propice à une amélioration.

Afin de rendre compte des effets de notre travail, nous avons élaboré des grilles d’observations que nous remplissons pour chaque enfant au début, au milieu et à la fin du projet. Ces grilles sont basées sur les travaux du Professeur Hubert MONTAGNER* et mettent en avant des indicateurs comportementaux relatives aux compétences socles.

Ces compétences, au nombre de cinq, sont les bases d’un développement harmonieux. Il s’agit de l’élan à l’interaction, des comportements affiliatifs, de l’organisation structurée du geste, de l’attention visuelle soutenue et de la capacité à reproduire et à imiter.


Avec quel genre de partenaires travaillez vous?

Nous travaillons avec les institutions spécialisées, les collectivités territoriales, les écoles, les centres socio-culturels, les particuliers…

Quels sont les projets dont vous êtes le plus fiers?

Nous sommes fiers de tous nos projets car ce que l’on vise avant tout c’est le mieux-être des enfants et des adolescents auprès desquels nous travaillons et actuellement les objectifs sont atteints et les effets de notre travail concluants.

Qu’est-ce qui vous paraît encore très difficile aujourd’hui?

Aujourd’hui, le plus difficile est de trouver les financements pour mettre en œuvre ou pérenniser les projets. Il faut chaque année déployer une énergie considérable !

La plupart de nos partenaires avouent que notre atout est la professionnalisation de nos intervenants. Ces derniers ont une double casquette: ils sont psychologues et possèdent des connaissances approfondies en éthologie et en éducation animale (éthologues, Brevet d’Etat d’Equitation…), ils sont également formés à la mise en relation homme-animal. Mais cette professionnalisation a un coût et il est parfois difficile pour certains de l’accepter.

Il y a également des financeurs qui aident à la mise en place du projet mais qui se retirent ensuite sous prétexte qu’ils ne sont là que pour impulser une action et non pour la pérenniser. Ils sont pourtant tous persuadés des bienfaits de notre pratique !

Je pense que nous touchons là à la problématique liée à la reconnaissance de notre pratique. Nous y travaillons d’ailleurs activement et venons de constituer un groupe de réflexion national.

Je crois savoir que vous projetez d’emmener des enfants en Mongolie très bientôt? Pouvez vous nous en dire plus à ce sujet?

Effectivement, c’est le grand projet de l’année! Il s’agit du projet GUINGO (nom mongol qui signifie : chant traditionnel pour souhaiter bonne chance aux jockeys juniors avant une course de chevaux en Mongolie). Dans le cadre des actions de prévention, d’insertion et de solidarité, notre association et un Centre socio-culturel d’un quartier défavorisé de la région bordelaise ont mis en œuvre un projet  ayant comme porte d’entrée la médiation animale. En effet, depuis 2006, un groupe de jeunes du Centre Social participe à un atelier cheval mené par notre association.

Ces ateliers proposaient dans un premier temps une découverte du cheval basée sur une approche naturelle. Chaque enfant a disposé du temps qui lui était nécessaire pour aborder le cheval sans appréhension. Les séances étaient basées sur le pansage, les soins au cheval, la monte à crue au licol, la monte sensorielle tenue en longe. Les jeunes ont pu également observer les chevaux au pré en troupeau. Il était important de leur faire comprendre que leur façon d’entrer en relation avec l’animal allait générer des réactions de la part de ce dernier. Nous avons ainsi pu transférer aux relations humaines.

Petit à petit, les peurs se sont atténuées, la confiance s’est installée et une relation affective s’est nouée entre le jeune et son cheval.

Dans un second temps, les séances ont évolué vers un travail monté en selle (tout en alliant soins du cheval) afin de gagner en autonomie et de pouvoir sortir en promenade puis en randonnée avec un bivouac en forêt. Responsables et investis, les jeunes ont su gérer ces moments qui ont été des temps forts et riches en émotion au sein de la dynamique de groupe.

Le projet doit se terminer par un séjour éco-touristique en Mongolie afin d’aller notamment à la rencontre du peuple Mongol (peuple cavalier) mais également à la rencontre des derniers chevaux sauvages en voie de disparition et actuellement réintroduits en Mongolie par l’association TAKH. Nous souhaitons également allier une action humanitaire et de solidarité auprès des populations locales.

Une autre bonne nouvelle aussi, vous venez de créer un blog…? Pourquoi?

La Médiation Animale? Telle est la question pour un grand nombre de personnes …

Le but de cette pratique, en quelques mots, est la recherche des interactions positives issues de la mise en relation intentionnelle homme-animal. Elle est donc associée à une intentionnalité: celle d’associer l’animal à un projet professionnel et/ou une compétence spécifique qu’il soit éducatif, social,  thérapeutique ou de recherche.

Aujourd’hui, la Médiation Animale est une façon de travailler et non une profession. Elle fait cependant appel à des professionnels de divers horizons qui apportent chacun « leur pierre à l’édifice »: les débats pluridisciplinaires sont riches et constructifs.  A l’heure actuelle s’engagent, d’ailleurs, des réflexions encourageantes sur le cadre juridique, le statut et la formation de l’intervenant, le statut et l’éducation de l’animal, l’élaboration d’une charte de déontologie … qui vont permettre la reconnaissance de cette pratique au plan national et international.

Ce site est donc né d’une volonté commune de rassembler, de communiquer, d’échanger, de s’interroger sur une pratique en plein développement en France. Au fil des billets de ce blog, vous découvrirez « l’univers » de cette médiation grâce à une équipe engagée de chercheurs et de professionnels de terrain.

La Médiation Animale est au cœur de l’évolution des relations Homme-Animal et de la place que nous accordons à l’animal au sein de nos sociétés. D’autre part, les préoccupations en terme d’écologie, de biodiversité, d’éthique animale… ne peuvent nous laisser indifférents et être occultées lorsque l’on fait appel à une telle médiation. Il nous paraissait donc essentiel de proposer une rubrique “Animal et Société” et d’ouvrir notre pratique à un champ plus large.

Enfin, que conseillerez vous aux personnes désireuses d’essayer ce type de médiation?

Tout d’abord de posséder un diplôme dans le social, l’éducatif ou le soin. Une formation à la relation d’aide et une connaissance approfondie en psychopathologie me paraissent indispensables.

Ensuite, il faut avoir une pratique assidue auprès des animaux avec lesquels on travaille et des connaissances approfondies en éthologie et éducation animale.

Quelles démarches peuvent-ils effectuer?

Prendre contact avec des associations qui pratiquent depuis quelques années et qui sont pionnières dans ce domaine: l’AFIRAC, la FENTAC, la FEETAC par exemple.

Je ne peux que leur conseiller de se méfier des personnes ne possédant pas de formation de base reconnue et qui se gargarisent de certaines compétences. Attention aux amalgames!

++ Liens ++

*Hubert Montagner, Directeur de recherche à l’INSERM et membre du Comité National de Suivi de la recherche INRP


3 commentaires à “Qu’est-ce que la médiation animale?”

  1. Nicolas dit :

    Bonjour,

    Un grand merci Anne-Sophie pour cette interview.

    Merci également de nous avoir aidé à mieux faire connaître la médiation animale, ce qu’elle est et ce qu’elle peut apporter.

    Bonne continuation à écoloinfo et à toute son équipe.

  2. martine dit :

    Bonjour,

    Je ne peux être que complètement d’accord avec les propos de Sandie. Et j’en profite pour vous faire découvrir notre association basée dans les Pays de Savoie. Nous développons des activités associant l’animal auprès de personnes âgées, personnes détenues,…
    Nos intervenants bénévoles,sont tous des professionnels du social ou médico-social.

    Un petit tour sur notre site vous en apprendra davantage ….
    http://www.presence-animale.fr
    Bien cordialement,
    Martine Pizzetta

  3. Amandine dit :

    Bonsoir,

    Je souhaite apporter un message de soutien de d’encouragements à votre association qui porte un superbe message…
    Cette activité est vraiment magnifique, qu’elle soit auprès d’enfants ou d’un autre type de public.
    Les animaux peuvent tellement nous apporter, c’est une certitude et en voilà une preuve…

    Ce domaine m’intéresse énormément, je suis fière de votre courage à mener vos projets dont celui en Mongolie comme il est cité, surtout avec l’intention d’allier une mission humanitaire, c’est vraiment très beau.

    Je garde ce site dans mes documents, j’irai me renseigner cela me servira très surement.

    Bonne continuation, vous faites un très bel acte !

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