Il en reste actuellement moins de 80 représentantes sur le territoire français, dont trois femelles à la ferme des Jarouilles à Coutras (nord Gironde), chez Laurent et Isabelle Tite. Trois femelles, trois vaches, trois bordelaises, qui sans l’enthousiasme et le dévouement de quelques irréductibles passionnés pourraient être les dernières représentantes d’une race programmée pour disparaître.
Jusque dans les années 1930, les bordelais devaient leur lait aux vaches du même nom. Puis, il fut décrété que leur production n’était pas assez “prolifique” et elles durent alors laisser la place à leurs cousines du nord, les Frisones ou Holstein, véritables petites usines à lait sur pattes.
Remplacées, supplantées et finalement submergées, les pauvres bordelaises ont bien failli être définitivement rayées de la liste des espèces bovines. A tel point qu’il n’est plus possible de trouver actuellement une bête de race pure, les quelques 80 animaux restants étant tous issus de croisements avec d’autres races (Frison, Holstein, Limousine).
L’enjeu actuel consiste simplement à tenter de reconstituer la race bordelaise tout en s’attachant à retrouver toutes les caractéristiques (robe, lait, viande) de la race originelle.
Les origines de la bordelaise
L’origine de cette race laitière élevée à la périphérie de Bordeaux pour l’approvisionnement de la ville en lait frais a toujours intrigué. Certains font remonter l’origine de la race à des animaux importés par les anglais lors de la guerre de Cent-Ans ce qui serait confirmé par l’étude craniologique de Sanson qui la rattache au groupe “irlandais”. D’autres assurent que la race bordelaise est un croisement opéré naturellement entre les animaux de la race hollandaise importés par les Flamands venus sous Henri IV pour colmater les marais bordant la Garonne et les animaux d’origine bretonne présents traditionnellement dans la région. D’autres importations de Hollande auraient eu lieu au milieu du XVIII° siècle. Quoi qu’il en soit à la fin du XVIII° siècle, une population de vaches laitières rustiques, de taille moyenne à petite, à robes bigarrées était déjà présente et appréciée autour de Bordeaux.
Source : www.midatest.com
La bordelaise : de l’extinction à la reconstitution
Les bordelaises se divisent en deux types : le type ancien, Beyrette, à robe pie noire ou pie rouge formant une sorte d’écharpe sur le dos, et le type Pigaillé, à robe finement mouchetée.
Toutes deux possèdent néanmoins les caractéristiques uniques à cette vache, les distinguant au premier coup d’œil d’une autre. En effet chez la bordelaise, la tête, les pattes et le bout de la queue sont noirs.
Une Beyrette

©Bruno Perea
La Beyrette se retrouvait un peu partout en Gironde, tandis que la Pigaillé était surtout présente autour de Bordeaux. En plus de fournir du lait, elles étaient utilisées pour les travaux des champs et leur fumier enrichissait les terres.
Une Pigaillé

© midatest.com
Jusque dans les années 1990, la race bordelaise fut considérée éteinte, mais c’est alors que l’on retrouva dans certaines fermes des bêtes issues de croisements, certes, mais possédant encore des caractéristiques de la race originelle.
C’est alors qu’intervient le Conservatoire des Races d’Aquitaine, créé en 1991 avec pour mission de “faire face à la disparition de la diversité biologique et culturelle associée aux races d’animaux d’élevage“.
Dans ce but, il “coordonne des actions de conservation en faveur des races locales, départementales ou régionales, menacées ou en développement, sur le territoire aquitain” et “travaille en synergie avec les acteurs professionnels, institutionnels, scientifiques et associatifs pour garantir une gestion pérenne de la biodiversité des animaux d’élevage afin que ces ressources restent disponibles pour les générations futures“.
Deux acteurs de ce travail de reconstitution de la race
Laurent et Isabelle Tite possèdent une propriété d’une centaine d’hectares à Coutras, la ferme des Jarouilles, dans le nord de la Gironde. Installés depuis 1986 comme éleveurs, ils ont rapidement délaissé l’agriculture conventionnelle pour se tourner vers l’agriculture biologique.
Le lait de leurs bêtes, décliné en beurre, yaourts, crème, fromages… mais aussi leur viande (boeuf et veau) fournissent plusieurs AMAP de la région bordelaise, ainsi que l’AGAPES de Libourne, et ils ont également une petite surface dédiée à la vente sur leur propriété.
Le troupeau actuel de Laurent et Isabelle se compose d’une grosse cinquantaine de vaches adultes et d’une quarantaine de génisses. Parmi elles, on peut encore distinguer quatre ou cinq Holstein, mais la moitié du troupeau est désormais constituée par des Montbéliardes, les autres bêtes étant des croisés Montbéliardes/Holstein.
Isabelle concède qu’elle caressait depuis longtemps le désir d’avoir des vaches bordelaises “pour participer à la sauvegarde de la race“. C’est donc avec un très grand enthousiasme qu’ils ont décidé de participer au programme de conservation initié par le Conservatoire des Races d’Aquitaine (CRA) et qu’ils ont accueillis les trois bêtes proposées, deux adultes et un petit. Une même lignée : grand-mère, mère et fille.
Isabelle Tite : un engagement sans faille

©Bruno Perea
Le rôle des Tite consiste à en prendre soin, les élever, les faire se reproduire, au même titre que les autres bêtes de leur troupeau. Pour ce qui est de la reproduction, cependant, elle fait l’objet de toutes les attentions car elle ne peut être effectuée qu’avec des taureaux sélectionnés par le CRA.
Laurent confie que l’acclimatation de l’une des bordelaises n’a pas été facile car peu habituée à vivre avec d’autres vaches, elle s’est laissée malmener au point qu’il a dû la mettre dans un autre champ, avec peu de compagnes.
Une véritable complicité lie déjà Laurent et sa bête

©Bruno Perea
Pour eux, cette action s’intègre totalement dans leur démarche bio. Il s’agit avant tout de préserver la biodiversité mise à mal sur tous les fronts : “Il y a tellement de races qui s’éteignent, si on peut agir pour en sauver au moins une” explique Isabelle qui n’oublie pas de souligner l’importance du caractère local de cette race.
Tous deux insistent sur le fait qu’ils sont dans une période d’expérimentation avec ces vaches: “c’est un travail de très longue haleine de monter un troupeau. Une génération est généralement nécessaire“. Et il est encore bien trop tôt pour se prononcer sur des particularités gustatives du lait produit par les deux bêtes adultes.
Le travail de conservation est désormais enclenché, grâce à Laurent et Isabelle, et grâce à quelques autres acteurs déterminés à enrayer la disparition programmée de certaines races et maintenir une indispensable biodiversité.
Engagés pour que nos enfants et les enfants de nos enfants voient encore des vaches bordelaises brouter dans nos champs.

©Bruno Perea
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Les belles bordelaises toujours menacées













le 03 décembre 2008 à 10:27:
Merci pour cet article.
C’est bien là le problème de l’approche “productiviste” (de l’agriculture conventionnelle), c’est qu’on privilégie certaines “races” de vaches au détriment d’autres, simplement pour des questions de productivité, ce qui a pour conséquence diminution de la diversité d’une espèce, car considéré “non rentable”. On ne garde que les “plus rentables”. C’est la loi du marché appliqué à notre écosysteme.
Donc on ne peut applaudir que ce genre d’initiatives, comme ceux qui se battent pour conserver une diversité de semences.
le 03 décembre 2008 à 13:36:
Jolie titre Agnès qui nous a fait craindre le pire… pour nos bordelaises à nous !
Nous les chats aimons beaucoup avoir des nouvelles des copains menacés.
:-)
Et bravo à Laurent et Isabelle pour leur courage et leur ténacité