Ville désirable et ville repoussoir
J’ai eu la chance de participer avec une quarantaine d’invités au 3ème séminaire de prospective Imagine organisé par Energie-Cités les 19 et 20 novembre dernier. Intitulé “Changer de cap! Vers un futur durable… et désirable“, il s’appuie sur le constat que notre mode de développement n’est vraiment plus durable et sur l’idée qu’il est possible de relever le défi du changement de cap, à condition de construire et partager une vision d’un futur désirable et de revisiter toutes nos politiques à l’aune de ce nouveau paradigme.
Ce séminaire visait donc à répondre aux questions suivantes :
- Pourquoi changer de cap ? Pour aller vers quoi ?
- Comment construire / partager une vision d’un futur énergétique désirable dans ma ville ?
Le séminaire, très riche et dense, a été articulé autour de différents temps : des réflexions en groupe, des interventions permettant d’éclairer la problématique, des témoignages et beaucoup d’échanges.
Je voudrais profiter de ce billet pour revenir sur la communication faite par Dominique Bourg, Directeur de l’Institut des Politiques Territoriales et de l’Environnement Humain à l’Université de Lausanne, et intitulée “Ville désirable et ville repoussoir”.
Deux visions opposées de la ville durable
Il a opposé deux conceptions de la ville durable.
Une vision techniciste où la ville est réduite “à la performance thermique et carbone des bâtiments, aux infrastructures de transport mises à disposition des usagers, aux installations de traitement des déchets et de recyclage et, in fine, à une forme d’idéal d’un contrôle technologique sans faille des flux d’énergie et de matières“, à l’image du projet de ville durable, Masdar City (près d’Abu Dabi), qui relève pourtant du label One Planet Living du WWF.

Il y a opposé une ville “solidaire d’un effort plus général (national au moins) de régulation des comportements, suscitant ou recueillant les initiatives de ses habitants, encline à entrelacer autant que possible en son sein le naturel, un sens d’abord sensible, et l’artificiel“. Il l’a décrite comme “une ville entrelaçant artefact et nature, densité et présence de la nature sensible, ménageant des espaces à la culture et au maréchage, voire au sauvage (les renards de Lausanne), laissant une large place aux murs et toits végétalisés, dotés pour certains de fonctions d’épuration, avec là aussi une circulation aérienne de l’eau. Cette ville s’apparentrait à une ville-agora, laboratoire de pratiques et de régulations nouvelles, par exemple l’économie de fonctionnalité (substitution de la vente de l’usage des biens à celle des biens eux-mêmes) et des échanges non monétaires, etc.”
Il a argumenté sa distinction sur la double représentation qui nous a conduit, selon lui, à l’impasse écologique actuelle: “d’un côté celle d’une nature réduite à un stock d’énergie et de ressources, réputée maîtrisable par les sciences et techniques, et de l’autre, celle d’une société prioritairement conçue au travers du marché, organisée de telle sorte que les individus puissent y maximiser leurs satisfactions matérielles“.
Quel territoire durable voulez vous?
Il a ensuite précisé qu’il ne pourrait y avoir durabilité, et donc sortie de la crise écologique que nous connaissons, sans “dépassement critique et progressif” de cette double représentation. Des technologies adaptées sont nécessaires, mais leur impact dépend de régulation des comportements et même de modes de vie et de pensée différents.
“Si après avoir remboursé votre pompe à chaleur vous réinvestissez l’argent épargné dans des voyages intercontinentaux, le climat n’y gagnera rien. Pour éviter ce phénomène, il faut introduire des instruments comme des surtaxes carbone ou des quotas individuels ; or, ceux-ci entrent en contradiction avec la liberté d’indifférence chère aux modernes, dont le marché est l’expression par excellence. C’est à une telle condition que quelque chose comme la durabilité peut être construite. Celle-ci dépasse le seul bâti et même l’urbanisme.”
Si je reprends de grandes parties de son intervention, c’est qu’elle présente de manière extrèmement claire, des éléments fondamentaux pour toute personne s’intéressant à l’évolution de nos villes vers des modèles plus durables. Il me semble que l’écueil d’une vision trop techniciste qu’il dénonce peut être évité dès lors que les habitants prennent une part active dans l’élaboration du devenir de leur territoire de vie. Cela passe surement par l’élaboration et le partage d’une vision d’un territoire durable et désirable entre les politiques, les citoyens et l’ensemble des acteurs locaux.
++ Pour aller plus loin ++
- Tribune dans les Echos sur la fiscalité écologique co-signée avec notamment Nicolas Hulot et Jean-Marc Jancovici
- La page perso de Dominique Bourg à l’IPTEH
- Un entretien vidéo de Dominique Bourg sur Wat TV







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Ah…Dominique Bourg, grand influenceur dans mes réflexions… (et accessoiremment ancien “disciple” de M. Bourg). J’essaierais de faire un interview de ses quelques thésards :)
Merci à toi d’avoir partagé l’info.
Toujours intéressant d’écouter Dominique, quand il ne se perd pas en digressions (enfin, ne perd pas ses auditeurs, car lui retrouve toujours son cap). L’UTT a beaucoup perdu lors de son départ à Lausanne
Alerte aux hommes
Regardez, là-bas, au fond, à l’horizon,
Derrière les vagues et la houle,
Les silhouettes de diables et démons,
En tourbillon arrivent en boule.
Allez, allez, cachez vos œufs,
Sous les herbes et les plumes,
Le marteau s’abat sur l’enclume,
Éparpillez-vous deux à deux.
Regardez, ils arrivent arrogants,
A la nage, en bateaux et croiseurs,
Ils sèment la terreur et la peur,
Et finiront nos oisillons d’un glouton.
Volez, volez vers d’autres cieux,
Là où il n y a pas les humains,
Où ce serait certainement mieux,
Que ce triste et pénible destin.
Regardez, regardez, un peu plus loin,
Juste derrière cette espèce d’abrutis,
Regardez, un volcan en fusion,
Et la vague géante d’un Tsunami.
Volez, volez, plus haut, encore plus haut,
Au dessus de la lave et de l’eau,
Et gardez dans votre génome,
Le souvenir de ce que fut l’homme.
Lihidheb Mohsen eco artiste Zarzis 31.08.2010
Mémoire de la mer et de l’homme