Nature Humaine, Colibri et dissonance cognitive… Rencontre avec Séverine Millet.
Le 28 octobre 2008 | Par Anne-Sophie
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Touchée par le virus de l'info & des médias, éco-convaincue de longue date, j'aspire à mobiliser les consciences à grande échelle...
Vous êtes nombreux à m’avoir parlé de son livre fabuleux l’été dernier, la Stratégie du Colibri. Vous m’avez donné envie de le lire, je l’ai acheté et… j’ai compris pourquoi: cet ouvrage met des mots sur des ressentis difficilement exprimables parfois, lorsque pris dans une activité associative ou dans un projet exigeant, vous vous “donnez à fond”, lorsque vous êtes déçus parfois, vous vous interrogez, puis voulez changer, etc. Devenue fan depuis de Séverine Millet, ce fut un honneur pour moi d’échanger avec elle pour en savoir plus sur sa démarche, sa manière de voir la vie, les êtres humains, le monde qui nous entourre en somme… Une rencontre, comme vous pouvez l’imaginer, tout simplement passionnante! Car au-delà du livre, elle continue aujourd’hui à réfléchir sur les moteurs du changement au sein de son association, Nature Humaine.

Séverine Millet a mis 2 ans pour érire La Stratégie du Colibri: après de nombreux échanges avec les acteurs, experts et penseurs du milieu, elle a accumulé de nombreuses informations et rédigé un premier jet de 600 pages! Naturellement ce format un peu long a du être retravaillé afin de ne garder que l’essentiel du message et tendre vers une lecture plus dynamique. Une rigueur d’écriture que Séverine affectionne tout particulièrement maintenant: il n’est pas toujours facile de faire simple!
A l’origine de sa démarche, on trouve une volonté de donner les clefs: pour comprendre, pour agir, pour donner envie aussi, et saisir l’Opportunité.
Intention, motivation, action
Séverine a travaillé longtemps en tant que juriste, puis avocate (sur les questions de droits de l’Homme, droit humanitaire, puis droit de l’environnement), avant de créer un projet très personnel en devenant consultante indépendante et auteure “Environnement et Modes de vie”. Travaillant sur le terrain depuis toujours, son propre parcours lui a permis d’identifier tous les mécanismes du passage à l’action et de l’action elle-même.
Alors qu’on lui propose de rédiger un ouvrage de lettres types “juridiquement béton” pour aider les citoyens à les représentants politiques, Séverine insiste alors sur la nécessité de donner envie d’agir, et sur la clarification des intentions et motivation nécessaires avant de passer à l’action. D’où ce livre, dont la structure se fondera rapidement sur les trois mots suivant: intention, motivation et action.

“Le piège lorsque l’on s’engage dans une action, c’est de se focaliser uniquement sur le résultat“, explique en effet Séverine, or “il est plus important de s’attacher au cheminement, au mouvement de vie et à l’apprentissage qu’à la réalisation de l’action!” Une sorte de “mise en garde” qui apparaît de manière réccurente dans son ouvrage. Et pour cause: il est très important, pour Séverine, de savoir s’écouter, et s’interroger sur soi pour agir au mieux ensuite. La relation que l’on entretient avec sa propre personnalité, le fait d’être vivant, la manière dont nous concevons notre humanité même, font partie du cheminement. La crise écologique actuelle, “cette verrue visible de notre fonctionnement profond“, nous interroge sur ce que nous sommes collectivement, et c’est peut être une des raisons pour laquelle il est si difficile de changer et adopter une autre vision de la vie…
Mon identité, ma Nature…
Depuis petits, nous nous construisons progressivement via notre prénom, notre nom, puis notre famille, nos études, notre profession, les projets auxquels nous participons, les échecs, et les réussites bien sûr. Mais cette construction d’identité souffre d’un manque, d’une dimension perdue de fait dans nos civilisations: le rapport à la Terre, à la nature. Nous ne nous construisons plus en fonction du rapport à la nature, et de fait, notre nature est “hors champs”, coupée du lien nourricier, incapable de se placer dans un équilibre dynamique salvateur. La conséquence est que nous ne sommes plus capables de mettre en place des conditions de vie qui permettre à l’être humain d’organiser sa propre durabilité, alors que les animaux savent faire cela. Cet équilibre, certaines traditions le maîtrisent encore aujourd’hui, telles de vivantes preuves de notre capacité à vivre avec la nature. Par exemple, les Aborigènes qui, malgré la colonisation et l’acculturation, se transmettent ce savoir-être avec l’environnement.
Konrad Zacharias Lorenz aurait un jour affirmé: “j’ai trouvé le chaînon manquant entre le singe et l’homme… c’est nous!”. Cette citation, Séverine la reprend dans la seconde lettre d’information de Nature Humaine, l’association qu’elle a créé afin d’explorer plus avant les facteurs humains (psychologiques, sociologiques, anthropologiques, culturels, philosophiques, etc.) de la crise écologique…et humaine. Elle y diffuse de nombreux entretiens effectués dans le cadre de la rédaction de son ouvrage ou par la suite, afin de susciter la curiosité pour ces sujets encore trop peu abordés par les acteurs de terrain de l’écologie et du développement durable. Une information inspirante donc, et résolument tournée vers l’Avenir, avec un grand A.
Grenelle, bulle DD et leviers actuels…
Aujourd’hui, entre le Grenelle et la “bulle DD” dans laquelle nous sommes, Séverine estime que nous essayons de changer… sans changer de programme. La consommation écolo, si elle reste fondée sur notre société de consommation, ne sera qu’une rustine sur un vieux pneu… Si notre mode de fonctionnement ne change pas, si nous n’apprenons pas à changer, ni à “déménager” notre manière de penser, le système ne bougera pas…
En effet m’explique-t-elle, nous sommes tous dans un dysfonctionnement, et – même chez les écolos, souvent en quête de déculpabilisation – “à quoi bon pousser les gouvernants, eux aussi en dysfonctionnement, il n’y a pas de raison qu’ils nous emmènent là où nous n’avons pas envie d’aller?” La demande émise par la crise écologique est très exigeante, le processus va être long, et en enlevant la charge émotionnelle que cela peut engendrer chez certains, on s’aperçoit que toutes les actions peuvent être menées avec plus de plaisir. Avec plaisir? Oui, “en rendant l’action et le changement désirables, attractifs, excitants, nous pouvons en faire un projet de vie unique et véritablement joyeux!” Encore faut-il s’interroger sur la notion de projet de vie justement… S’il s’agit d’être riche et d’avoir une belle voiture, le Désir d’Avenir en prend un coup…

Photo issue de la lettre d’information de Nature Humaine – Crédit Fotolia
Séverine s’intéresse de très près aux modes d’action aujourd’hui et aussi sa vision des choses est-elle très positive! Certes, les convaincus ne le sont pas pour les mêmes raisons, nos parcours sont tous différents et nous réagissons avec une sensibilité variée à chaque événement extérieur… La vie est telle que nous nous confrontons parfois à de grands moment d’introspection, dans des phases où l’on peut essayer de véritablement comprendre le fonctionnement humain, saisir l’intuitif, le confronter aux autres, et réaliser alors que c’est en se connaissant soi-même que l’on connaît le monde… Pour véritablement changer, une sorte de travail de deuil sur ce que l’on va perdre à changer est nécessaire: lui seul permettra de dépasser le passé, de véritablement changer la société… la cohérence prend du temps, mais ce temps est nécessaire!
++ Liens ++
- Le site de l’association Nature Humaine
- La seconde lette d’information de Nature Humaine vous donnera les clefs pour comprendre les problèmes de l’information sur la situation écologique (l’information est abstraite, anxiogène, axée sur le contre), pour distinguer “conscience environnementale” et “sensibilité environnementale”, pour comprendre l’importance de la représentation sociale de l’environnement comme moteur de l’action et saisir la notion de “dissonnance cognitive” et les freins à l’action… Captivant pour qui veut bien prendre le temps de s’y plonger!
- La Stratégie du Colibri (préface de Pierre Rhabi), en vente sur Amazon et toute bonne librairie! Et sur le site de l’éditeur, Minerva
- Trois points de vue sur l’intelligence collective, Nouvelles Clés
- Serge Moscovici, Psychologie des minorités actives, 1976, rééd. Puf, 1991. Fiche de lecture sur SciencesHumaines.com
- Séverine Millet a aussi travaillé sur les questions de publicité et GreenWashing au sein de l’Alliance et du collectif AdWiser







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Bonjour Anne-Sophie,
Merci pour cet article, je ne connaissais ni ce livre ni son auteur, et certains points soulevés font échos en moi…
A bientôt, bonne journée à vous !
“Le piège lorsque l’on s’engage dans une action, c’est de se focaliser uniquement sur le résultat“, explique en effet Séverine, or “il est plus important de s’attacher au cheminement, au mouvement de vie et à l’apprentissage qu’à la réalisation de l’action !” : Très parlant ^^
Super chouette cette rencontre ! Son livre est une vraie bombe pétillante d’énergie et d’envie d’agir. Je recommande aussi les lettres Nature Humaine, qui en plus d’être très intéressantes, ont une charte graphique magnifique.
Gardons en tête que c’est toujours les minorités qui ont changé le monde ;) Au boulot !
Ce livre m’a passionné. L’auteure est à la hauteur du challenge qui nous attend !
[...] Je ne peux que vous conseiller à nouveau de lire la lettre de l’association Nature Humaine dont nous avons parlé il y a peu… [...]
Je n’ai pas encore…lu…quelqu’un peut me le prêtrer ? ;)
Anne-Sophie,
Merci pour ce compte-rendu. J’avais entendu parler de ce livre, mais ton compte-rendu, les citations de Séverine Millet, et la visite du site Internet de Nature Humaine m’ont donné envie de le lire, et d’en savoir plus sur cette association. De nombreux témoignages des fondateurs et parrains font écho à des réflexions en moi !
Pierre