Eco profil d’une chemise en lin…
… et analyse comparative d’une chemise en lin et en coton
On me niche en terre,
On me sort de l’eau,
On me met dans l’eau,
On me brûle les os,
On me sèche,
On me frappe.
Je sers à table le monde respectable
Je suis avec lui au berceau,
Et je le mène au tombeau.
Qui suis-je ?
Le plus vieux textile du monde
Plante de la famille des linacées à laquelle appartient aussi la coca, dans le lin tout est bon…. Les toutes premières traces de son utilisation nous ramènent 10 000 ans avant notre ère. Les fines tuniques plissées de Egyptiens, les linceuls des tombes du Fayoum, les guimpes médiévales, les fraises de la Renaissance : à travers les siècles le lin permettra d’afficher sa condition et l’addiction à sa sensualité conduira bien des fortunes jusque sur la paille.

Le Duc de Guise
De nos jours, cette plante aux utilisations multiples (isolation, textile mode ou déco, complément alimentaire très riche en omega3, litières des animaux) a très bonne presse. En tant que « plus vieux textile du monde », il véhicule une image naturelle et écologique. D’excellent pouvoir isolant, il permet fraîcheur en été et confort en hiver, il a une réputation curative pour la peau (au Moyen-Age, il était censé repousser la peste), il aurait de plus des vertus bienfaisantes pour le sommeil. Bourré d’Omega3, il est aussi utilisé pour nourrir le bétail «bien élevé».
La France possède une tradition ancienne du lin et se situe aujourd’hui aux premiers rangs mondiaux en termes de quantité de fibres produites et de qualité des fibres obtenues. Mais cette vision globale est-elle justifiée et quelles sont les véritables caractéristiques environnementales d’un vêtement en lin ?

Mèches de lin peigné
Qu’est-ce qu’un éco-profil ?
Cette analyse a été réalisée en février 2008 par Bio Intelligence Service pour le compte de Masters of Line (regroupement officiel des acteurs de la filière lin). L’unité fonctionnelle retenue dans le cadre de cet éco-profil est basé sur ce postulat de départ :
Porter une chemise pendant une journée
Les objectifs de cet éco-profil sont de présenter les impacts environnementaux générés par une chemise en lin sur l’ensemble de son cycle de vie, de les comparer au coton, qui est la fibre textile la plus courante, de sensibiliser les utilisateurs à la qualité environnementale des vêtements qu’ils portent et de leur montrer comment un comportement éco-responsable peut réduire le bilan environnemental global de leur chemise.

Les résultats sont ensuite soit directement exploités (consommation d’eau, consommation d’énergie), soit traduits en indicateurs d’impacts environnementaux tels que le potentiel de réchauffement climatique par exemple.
Dans un souci de facilité de compréhension et de lisibilité, 5 indicateurs (sur 12) ont été retenus pour cet éco-profil en fonction de l’importance de la contribution du produit aux impacts environnementaux et des préoccupations environnementales actuelles.
Consommation d’énergie primaire
Cet indicateur exprime la consommation des ressources naturelles énergétiques telles que le pétrole, le charbon, le gaz, l’uranium, les énergies renouvelables… Il est exprimé en Méga Joules.


Cet indicateur reflète la consommation d’eau directement liée au cycle de vie des chemises (irrigation éventuelle à l’étape de culture, consommation lors de la fabrication, consommation lors du lavage). Il est exprimé en litres d’eau.

Cet indicateur reflète les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique. Il est exprimé en grammes équivalent CO2

Cet indicateur reflète la formation excessive d’algues, favorisée par une concentration excessive de nutriments dans l’eau (en particulier phosphates et nitrates). Il est exprimé en grammes équivalent phosphate.

Cet indicateur reflète les émissions de substances toxiques présentant un risque potentiel pour la faune et la flore aquatique. Il est exprimé en grammes équivalent de la substance chimique 1,4 – dichlorobenzène (autrement appelé écotoxicité aquatique).
Scénarios d’utilisation
Ce bilan environnemental est représentatif de l’utilisation en France d’une chemise en lin (cultivé en France) ou en coton (cultivé en Chine). Les chemises sont ensuite fabriquées en Chine puis transportées vers la France. (Pour l’industrie textile, les données utilisées sont basées sur des procédés européens mais sont adaptées au contexte Chinois.)
Les chemises étudiées sont des chemises en lin ou en coton blanc de même masse (253 grammes dont 240 g de toile de lin ou de coton, 10 g de fil en polyester et 3 g de boutons en plastique).Les chemises sont en moyenne portées soixante fois par un utilisateur puis sont dans 30% des cas jetées avec les déchets ménagers et dans 70% des cas recyclés. Au final, la durée de vie totale moyenne d’une chemise est d’une centaine d’utilisations.
Les chemises sont lavées et repassées à chaque utilisation, selon des conditions différentes pour le lin et le coton (lavage à 40°C pour les deux chemises, repassage en 9 minutes pour le lin et repassage en 7 minutes pour le coton).

A quelles étapes interviennent les principaux impacts environnementaux
Pour les indicateurs d’épuisement des ressources, consommation d’eau ou d’énergie primaire, environ 80% des impacts sont générés en phase d’utilisation pour le lavage et le repassage de la chemise. Les autres consommations de ressources interviennent principalement lors de la fabrication de la chemise au cours des étapes de filature, de tissage et d’ennoblissement du lin. En ce qui concerne l’étape de culture, les consommations de ressources sont négligeables. En particulier, les besoins en eau du lin sont totalement couverts par les précipitations naturelles dans sa zone de culture traditionnelle et il n’y a aucune irrigation des champs de lin.
Synthèse des principaux enseignements
Le lavage et le repassage de la chemise en lin sont les principales sources d’impacts environnementaux sur le cycle de vie d’une chemise en lin.
Comparativement à l’étape d’utilisation de la chemise, la culture du lin et la fabrication de la chemise ont une contribution moyenne. La fin de vie a un impact marginal par rapport aux autres étapes du cycle de vie.
Pour les enjeux environnementaux les plus importants, tels que l’écotoxicité aquatique ou la consommation d’eau, les impacts de la chemise en lin sont jusqu’à 7 fois plus faibles que ceux de la chemise en coton.
Pour les indicateurs tels que le réchauffement climatique ou la consommation d’énergie, dont l’enjeu pour une chemise est de second ordre par rapport aux indicateurs précédents, les impacts environnementaux de la chemise en lin sont équivalents à ceux de la chemise en coton ou sont supérieurs de 10 à 15%.
Comment améliorer le bilan environnemental d’une chemise en lin ?
Les responsabilités des impacts environnementaux d’une chemise en lin sont partagées entre les différents acteurs intervenant sur son cycle de vie. Chacun peut donc contribuer à limiter les impacts environnementaux d’une chemise en lin.
Pour les professionnels de la filière lin
A l’étape de culture, les producteurs de lin améliorent leurs pratiques en limitant l’usage d’engrais en fonction des besoins réels de la plante, du type de sol et des plantes précédemment cultivées dans le champ. En ce qui concerne les pesticides, les substances les plus nocives sont peu à peu abandonnées et certains traitements systématiques de prévention contre les maladies ou les insectes sont remplacés par des traitements curatifs réduits et adaptés au cas par cas.
Au niveau de l’industrie textile, les procédés de traitement des fibres végétales et des tissus sont améliorés pour limiter la pollution de l’eau (stations de traitement des eaux intégrées aux usines). Les consommations énergétiques des procédés de fabrication sont également optimisées, notamment afin de limiter l’épuisement des ressources naturelles et les émissions de gaz à effet de serre. L’industrie textile vise également à améliorer la finition des tissus pour en faciliter le repassage, ce qui permet des économies d’énergie au niveau des utilisateurs.
Et nous, en tant qu’utilisateurs ?
La phase d’utilisation de la chemise en lin est à l’origine des impacts environnementaux les plus importants. En adoptant des comportements éco-responsables, l’utilisateur peut porter sa chemise deux fois avant chaque lavage, diminuer le temps de repassage de sa chemise, réduire le temps ou la vitesse d’essorage après le lavage et favoriser un séchage à l’air libre plutôt qu’en sèche-linge.

Le lin envahit nos garde-robes d’été : bien-être et chic intemporel, préférez-le un peu froissé ! De nombreuses marques s’adonnent au lin, parmi elles quelques unes s’impliquent aussi dans une production responsables comme Jaël a des Ailes… Il n’existe pas de filiaire lin bio, puisque le lin est bio en soi.

Lefranc Ferrant, Haute Couture
100% LINO

Jaël a des ailes
++ Pour en savoir plus++
Cet éco-profil a été élaboré conformément aux normes internationales en vigueur : les normes de la série ISO 14020 relatives aux déclarations environnementales des produits et les normes de la série ISO 14040 relatives à l’analyse de cycle de vie. Cet éco-profil et le rapport d’analyse de cycle de vie ont fait l’objet d’une revue critique par deux groupes d’experts indépendants, l’un spécialiste de l’analyse de cycle de vie et l’autre de l’industrie textile.
Bio Intelligence service http://www.biois.com
Pionnier dans le domaine des analyses de cycles de vie et de la santé nutritionnelle avec une large palette de services couvrant l’ensemble du cycle de vie de l’information environnementale et santé sur les produits, services et filières, depuis la constitution de l’information grâce à des évaluations environnementales et santé de produits, services et filières jusqu’à sa diffusion auprès de publics experts ou non experts.
Masters of linen: http://mastersoflinen.com
Bibliographie:
Le lin, Marie-Noëlle Bayard et Claude Fauque, collection Droit Fil, éd. Alternatives
Très documenté et joliment illustré, ce petit volume vous apprendra tout sur ce textile d’exception.








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Vraiment intéressant…
L’huile de lin aussi est très très bonne et a été très longtemps interdite en France.
Super cette étude comparative, j’aurai bien aimé y voir aussi le chanvre.
Pour contre perso, mon impact sera moindre : pas de repassage, je lave pas à chaque utilisation et j’utilise plus que 100 fois.
Les éco-profil c’est bien mais parfois ça masque certaine chose, du style le coton utilise énormément de pesticide (ce qu’on voit au niveau eutrophisation) et qu’il y a de plus en plus de coton OGM, sans parler des conditions social de production. Vous avez surement entendu parlé de l’augmentation des suicides dans les campagne indienne à cause des grandes multinationales semencières qui arnarque les paysans?
Donc actuellement le lin c’est bien mieux que le coton.
Très intéressant !
Par contre, je ne suis pas un modèle d’éco-responsabilité dans l’avant dernière phase, car du pur lin non repassé, je trouve que ça fait pas terrible quand même… mes pantalons en lin sont les seuls que je repasse… par contre, du coup, je les porte plus d’une fois, ça c sûr ! :-))
Un p’tit bémol, en forme de question :
Je crois que le lin, s’il demande peu d’intrants, eau et pesticides, se sert par contre allègrement dans les sols. Il faut donc éviter deux récoltes de suite sur une même surface et prévoir des rotations de cultures sur plusieurs années (pause de 7 ans recommandée, me semble-t-il…). Je ne suis donc pas sûre que tous les cultivateurs de lin, notamment normands, qui en général ne font que ça car il s’occupe aussi du traitement post-récolte, appliquent une telle rotation…
As-tu fait des reportages par là -bas, Cat ?
> Elodie
Non j’avoue que je n’ai pas enquêté auprès de producteurs. Mais je pense que je vais voir ce qui s’y passe. Ceci dit, dans l’étude qui était très longue (une conférence d’une heure au salon du tissu Première Vision) ils disent bien que la rotation des cultures est de 7 ans. Je l’ai lu aussi dans le petit bouquin cité en bibliographie. C’est l’usage et c’est aussi pour ça que le lin est une plante intéressante pour les sols.
Arno
Pour le chanvre je commence par le fumer et j’écris après :-)
Mais oui c’est une bonne idée. Et d’ailleurs je pense parler aussi des autres textiles eco frinly (ortie, pin, bambou…)
> Matyas
Quel honneur que tu prennes le temps de me lire au cours de ce voyage palpitant !
Pas bien, surtout si c’est du chanvre textile (moins de 1% de THC).
A savoir que le chanvre est de la même famille que l’ortie. Je pense que le bambou est un super matériau, je me demande toujours pourquoi on ne l’utilise pas plus. J’attends donc tes autres articles sur les matériaux eco friendly, même si mon domaine d’activité c’est le bâtiment, sachant qu’on peut isoler avec du lin, du chanvre, …
Excellent, il devrait réellement y en avoir plus des comptes-rendus d’ACV. Merci
@ Julien Robert : Malheureusement une ACV coûte très cher (parce que c’est une étude longue, nécessitant un important travail d’inventaire, et demandant évidemment de respecter à la lettre l’ISO), ce qui fait que peu d’entreprises se lancent. Qui plus est, l’intérêt tient principalement de la comparaison avec des produits remplissant la même fonction (on se base sur une unité fonctionnelle, c’est à dire que les quantités considérées sont dimensionnées pour répondre à la fonction désirée), et obtenir des données précises sur ces autres produits est parfois complexe.
> Bôôh : Je connais le problème de la complexité d’une ACV puisque je suis moi-même éco-designer/concepteur :). Il est vrai que ce n’est vraiment pas évident à mettre en place. Ceci étant, c’est l’outil qui permet de se rapproché le plus possible de la “vérité” sur l’impact environnemental d’un produit et qui permet souvent d’effacer certain “bon sens” ou évidence.
C’est très intéressant et je suis moi-même une adepte de cette fibre, mais j’ai tout de même quelques remarques :
- Le lin n’est pas “bio en soi” si les producteurs utilisent encore des pesticides (pour l’instant), non ?
- Je ne repasse quasiment jamais mes vêtements de coton car il se froisse peu, alors que le lin, oui.
- J’ai beaucoup de mal à trouver des vêtements en lin ou du linge de lit en lin dans les magasins de grande distribution, et c’est pourtant là que le lin pourrait se vendre à plus grand échelle.
- Le lin vendu est-il toujours produit en France ? Pas sûr… Et s’il est produit en France, les vêtements sont-ils ensuite conçus en France ? Encore moins sûr, ce qui rend l’intêret de la fibre locale moindre puisque la fibre fait un aller-retour vers un autre pays…
En tous cas, ces bilans sont très intéressants pour se rendre compte de notre impact sur l’environnement :)
Merci pour tous ces commentaires
le format Internet n’est pas très pratique pour des dossiers complets. J’ai donc prévu de faire un article sur des marques éthiques ou bio au début du mois d’octobre. On trouve beaucoup de choses en lin cultivé et fabriquées en France.
Quand j’avance que le lin est “bio en soi”, c’est que dans le cas d’une culture “normale”, il n’a besoin ni pesticides ou d’engrais, ni d’irrigation puisqu’il se contente des intempéries et des nutriments qu’il trouve dans le sol. C’est la culture intensive qui a tout perverti, mais les producteurs reviennent aux anciennes méthodes dans leur grande majorité.
Pour éviter que le lin ne se froisse trop, essorez à vitesse lente et pendez les vêtements sur des cintres pour le séchage en les étirant bien et en les lissant avec la main. Repassez encore très humide et laissez sécher à l’air libre.
Pour la provenance,la France reste un très gros producteur et pour la fabrication lisez les étiquettes. Même si elle ne sont pas toujours très hônettes on trouve quand même beaucoup de choses fabriquées dans des conditions saines.
En attendant vous pouvez trouver de jolis vêtements chez Jaël a des Ailes,
Eté comme hiver à Rouen http://www.etecommehiver.fr/historique/historique.php
Du linge de maison créatif chez Lina Forlino à Paris
A la redoute et chez Vert Baudet pour les enfants.
La suite à la rentrée après les salons de mode éthique.
Merci pour ces conseils et adresses !
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[...] Lire la suite … [...]
Très intéressant
Merci pour ces conseils et adresses
Et pour tout savoir, n’oubliez pas de visiter le site internet de
http://www.mastersoflinen.com
Ce label européen garantit toute la filière.
Un site très bien fait, bourré de conseil, d’adresses de marques et d’information sur la culture, la production, les tisseurs…
Une trouvaille ce blog bourré d’infos sur le lin mais aussi d’autres textiles green cool…. et une boutique (en ligne et bien réelle également) de créateurs dans les Flandres, LA région du lin
Le grenier du Lin
http://blog.legrenierdulin.com/
[...] C’est une plante cultivée localement en Normandie et dans les Flandres belges. Son éco-profil, récemment confirmé par une ACV très médiatisée, le place au premier rang des fibres [...]
Bonjour, j’aurais bien aimé vous écrire un mail via le lien, mais ça ne marche pas sur mon ordi, alors voilà . C’est concernant votre image (les tiges de lin en fleur), j’aurais une requête à vous demander. Pourriez-vous me répondre le plus tôt possible svp ?
Merci ^_^
Élaine
[...] – Su Ecolo-Info : “Eco profil d’une chemise en lin…” [...]
[...] – Ecolo-Info : Eco-profil d’une chemise en lin [...]
[...] Malgré cela, le lin reste un bon choix. Un écobilan réalisé en 2008 a comparé l’impact environnemental de deux chemises, l’une en lin et l’autre en coton. Le lin génère nettement moins de pollution de l’eau et consomme beaucoup moins d’eau à la production. Par contre, son utilisation (lavage, repassage) produit un peu plus d’émissions de CO2. Les chercheurs sont partis du principe « porter la chemise un seul jour ». Porter sa chemise plus longtemps et surtout, peu ou ne pas repasser permet de réduire considérablement l’impact. Pour lire l’écobilan : http://ecoloinfo.com [...]